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Dans la province du Sud-Kivu, notamment à Bukavu, la gestion de l’épidémie de mpox est complexifiée par la persistance de certaines croyances au sein des communautés. Ces perceptions, distinctes des faits médicaux établis, influencent les comportements et peuvent avoir des répercussions directes sur la santé des enfants, se manifestant par des retards de prise en charge, une potentielle stigmatisation et une exposition accrue à la maladie.

« C’est la sorcellerie, pas une maladie »
Maman Justine, vendeuse de poissons sur le passage piéton au niveau de la Place de l’Indépendance, balaie la question d’un revers de main :
« Ce que vous appelez Mpox là, chez nous on connaît ça depuis longtemps. Ce de la sorcellerie. On n’a pas besoin d’aller à l’hôpital pour ça. C’est une affaire de prière ou de délivrance, si mon enfant a des trucs sur le corps le premier endroit où je peux l’amener c’est dans une chambre de prière.»

À 35 ans, cette mère de trois enfants refuse catégoriquement l’idée d’une maladie virale transmise par contact. Elle affirme que les cas signalés dans son quartier relèvent plus du monde mystique que médical. Une telle croyance, pourtant partagée par d’autres mères de famille, contribue à la banalisation des premiers symptômes chez les enfants, retardant leur prise en charge.

« Une invention des Blancs »
Toujours à la place de l’indépendance , Jean-Pierre, chauffeur de taxi-bus de 45 ans, voit la mpox sous un tout autre angle, tout aussi alarmant :
« C’est pas vrai ça, je pense que c’est une invention des Blancs pour écouler leurs produits et nous décimer. Le sida, Ebola, maintenant la Mpox ,Ils créent ça pour faire peur et gagner de l’argent. »

Ces propos, tenus avec assurance, soulignent l’ampleur de la désinformation au sein de certaines couches de la population adulte, responsables de la protection des enfants.

Quand la confusion met les enfants à risque

Chez les plus jeunes, la méconnaissance de la mpox se traduit souvent par des confusions dangereuses. Nathan, 12 ans, élève en 6e année primaire, confie :
« Moi, je pense que c’est la rougeole. Quand j’avais ça, maman a bouilli les feuilles de mangue et de goyavier et j’ai guéri. »

Ce genre de confusion entre maladies aux symptômes cutanés similaires (éruptions, fièvre, fatigue) pousse certaines familles à opter pour l’automédication ou des pratiques traditionnelles, sans diagnostic médical préalable. Une décision qui, dans bien des cas, retarde la détection du virus et augmente les risques de transmission.

Dans une ville comme Bukavu où la parole des adultes prévaut, les croyances, aussi enracinées soient-elles, finissent par dicter les choix en matière de santé. Lorsque ces croyances reposent sur des interprétations erronées, les plus vulnérables, notamment les enfants, en paient le prix fort.

Il devient donc impératif de renforcer les campagnes de sensibilisation communautaire, en impliquant leaders locaux, enseignants, responsables religieux et personnels de santé. Car tant que la Mpox sera vue comme un mythe, une punition ou une invention, les enfants continueront de souffrir en silence, à l’ombre de l’ignorance.

Gabriel CUBAKA, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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