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Dans de nombreuses familles, les résultats scolaires dépassent leur simple valeur académique. Ils deviennent un critère de reconnaissance, de valorisation, ou au contraire, de rejet. Un enfant qui réussit est applaudi, gâté, entouré. Celui qui échoue est ignoré, comparé, rabaissé. Cette attitude différenciée provoque souvent des blessures invisibles mais profondes, fragilisant l’équilibre affectif et la cohésion familiale.Watoto Newss’est intéressé à cette réalité trop fréquente.

Témoignages poignants :

Patrick Bilaka, 14 ans, Cimpunda: « Mon frère a réussi. Il a reçu des cadeaux, on a préparé un bon repas. Moi, on ne m’a même pas parlé. J’avais l’impression d’être un étranger dans ma propre maison. »

Aline Wilonja, 11 ans, Nguba :« Papa a accroché le bulletin de ma sœur au mur. Le mien, il l’a déchiré. Depuis, je n’ose même plus parler à table. »

Mme Sarah, mère de trois enfants :
« J’ai félicité mon fils qui a bien travaillé. C’est normal. Mais pour l’autre, je ne sais plus quoi faire… Il faut qu’il sente la différence pour se réveiller. »

Jonas Byalulema, 15 ans, Panzi :« Quand tu échoues, tu deviens invisible à la maison. Même si tu aides, on te rappelle toujours que tu as « raté ta vie déjà ». »

Parole d’experts :

Dr Grâce Kalume, psychologue clinicienne :
« L’amour parental ne devrait jamais dépendre des performances scolaires. Conditionner l’affection au succès développe une angoisse de l’échec et fragilise l’estime de soi. »

M. Dieudonné Bahati, conseiller scolaire :
« Comparer les enfants entre eux alimente rancœurs et complexes. L’échec scolaire ne doit jamais devenir une identité. »

Sœur Béatrice, responsable pédagogique à Bukavu :
« Certains élèves perdent goût à l’école, non par manque de capacité, mais à cause de la pression ou du rejet qu’ils vivent à la maison. »

Pasteur Elie, encadreur des jeunes :
« Le rejet parental, même silencieux, laisse des traces. Beaucoup de jeunes s’isolent ou fuient parce qu’ils ne se sentent plus aimés après un échec. »

Mme Olivia Bisimwa, formatrice en parentalité positive :
« Il est essentiel de dissocier l’enfant de ses résultats scolaires. Aimer un enfant, c’est l’aimer autant dans l’échec que dans la réussite. Le soutenir ne signifie pas approuver l’échec, mais l’accompagner avec bienveillance. »

Tous les spécialistes s’accordent : adopter une attitude différenciée en fonction des résultats scolaires est une pratique nocive. Elle alimente les divisions familiales, affaiblit l’estime de soi des enfants en difficulté, et instaure un climat de compétition malsain. Les parents doivent apprendre à encourager sans comparer, à corriger sans humilier, et surtout, à aimer sans condition.

Un enfant est bien plus que ses notes. Réduire sa valeur à ses résultats scolaires revient à nier sa personnalité, ses efforts, et ses talents parfois invisibles. Qu’il réussisse ou non, chaque enfant mérite le même amour, la même attention, et le même respect. Car au final, c’est le regard de ses parents qui peut nourrir son courage… ou l’éteindre.

Aimer un enfant, c’est l’aimer malgré ses failles. C’est lui montrer qu’il a de la valeur, même quand il trébuche. Car un enfant rejeté aujourd’hui pour un bulletin rouge pourrait perdre confiance à vie. La réussite ne se mesure pas qu’en notes. Elle commence d’abord par un regard d’amour inconditionnel.

Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu

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