
Alors que les vacances scolaires approchent, certains enfants les accueillent avec joie, d’autres avec appréhension. C’est le cas des élèves qui n’ont pas réussi leur année scolaire. Dans de nombreuses familles, notamment en milieux populaires urbains et ruraux, l’échec scolaire est souvent perçu comme une honte, entraînant déception, rejet, punition, voire abandon. Au lieu d’être encadrés pour progresser, ces enfants sont parfois isolés, critiqués ou assignés à des corvées. Une réalité encore peu discutée, mais qui mérite attention.
Mireille Burasa, 13 ans, Kadutu (Bukavu): « Quand j’ai échoué, mon papa m’a interdit de jouer avec mes amis. Je devais rester à la maison à faire la vaisselle, balayer et garder mon petit frère. Je me sentais comme une servante. »
Jonas Alphonse, 15 ans, Bagira: « Dès que j’ai ramené le bulletin, mon oncle a dit que je n’avais plus droit aux vacances. Il m’a envoyé vendre du pain au marché. Chaque jour, je dois me lever à 6h. Je n’ai même pas eu un mot d’encouragement. »
Mme Chantal, mère de cinq enfants à Nyawera: « J’avoue que j’ai été très dure avec ma fille. Je lui ai dit que je ne paierai plus jamais ses frais. Mais après réflexion, j’ai compris que la pression ne l’aidera pas. Je veux cette fois l’inscrire à une session de rattrapage. »
Pacifique Namegabe, 11 ans, Panzi: « Mon grand frère a réussi, on lui a acheté des habits et une montre. Moi, j’ai échoué. On m’a dit que je ne méritais rien. J’ai pleuré seul dans ma chambre. »
Avis des spécialistes
Dr. Clarisse Mukanya, psychologue scolaire : « Rejeter un enfant après un échec scolaire peut provoquer des blessures émotionnelles profondes. Il faut plutôt chercher à comprendre ce qui n’a pas fonctionné, et l’aider à reprendre confiance. Punir ne règle rien, cela aggrave la situation. »
M. Alain Mwema, éducateur à Bukavu:
« Beaucoup de parents assimilent échec à paresse. Pourtant, il peut cacher des causes multiples : surcharge, problèmes émotionnels, troubles d’apprentissage. Il ne faut jamais condamner un enfant pour un bulletin rouge. »
Sœur Angélique, religieuse et encadreuse d’enfants en difficulté: « Dans nos centres, nous accueillons chaque année des enfants « abandonnés » après l’échec scolaire. Pour eux, les vacances deviennent un véritable calvaire. Nous plaidons pour un accompagnement à la fois affectif et académique durant cette période. »
Prof. Jules Nkundakozera, sociologue: « La culture du rejet face à l’échec est profondément enracinée. Elle transmet à l’enfant le message qu’il n’a aucune valeur s’il ne réussit pas. Or, chaque échec peut devenir une opportunité de construction personnelle, si l’entourage adopte une posture bienveillante. »
Mme Nadine Lushombo, formatrice en pédagogie alternative: « Les vacances sont un moment stratégique pour aider l’enfant à se relever sans pression scolaire. Il faut lui proposer des activités qui développent ses compétences autrement : jeux éducatifs, clubs de lecture, ateliers créatifs… dans un cadre apaisant. »
Les spécialistes sont unanimes : punir ou ignorer un enfant après un échec scolaire est non seulement injuste, mais aussi contre-productif. L’enfant a besoin d’un soutien émotionnel, d’une écoute sincère et de solutions adaptées pour rebondir. La famille ne doit pas se comporter en juge, mais en refuge et en tremplin.
Rejeter un enfant parce qu’il a échoué, c’est l’éloigner davantage de la réussite. Les vacances ne doivent pas devenir une punition, mais un moment d’amour, de réorientation et de reconstruction.
Plutôt que de punir l’échec, transformons-le en tremplin. Car chaque enfant mérite une deuxième chance et un regard d’espoir.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes au sud kivu
