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En Afrique, bien que la pharmacie moderne conserve toute sa place et son importance dans le traitement des maladies, il existe parallèlement une médecine traditionnelle fondée sur l’usage des plantes. Cette richesse, souvent transmise de génération en génération, reste ancrée dans les pratiques de nombreux foyers, notamment en milieu rural et périurbain.
Détenu en grande partie par les aînés, ce savoir ancestral constitue un véritable trésor culturel et sanitaire, complémentaire à la médecine conventionnelle.

Cependant, l’intérêt des jeunes pour cette tradition semble s’affaiblir petit à petit .
La modernisation des modes de vie, l’accès plus facile aux médicaments industriels et la perception parfois négative de certaines pratiques anciennes contribuent à ce désintérêt. Pourtant, plusieurs jeunes reconnaissent l’efficacité des plantes médicinales, même si la transmission reste insuffisante.

Faustin Murabazi, 23 ans, étudiant à Kaziba :
« Chez nous, grand-mère connaît beaucoup de plantes pour les maux de ventre ou les blessures. Mais honnêtement, je ne retiens presque rien. Je préfère aller à la pharmacie. »

Agnès Balibuno, 60 ans, herboriste à Burhiba :« Les jeunes ne s’intéressent plus. Je soigne beaucoup de gens, mais mes petits-enfants disent que c’est “vieux jeu”. Pourtant, ce sont ces plantes qui nous ont gardés en vie. »

Diane Kazimoto, 19 ans, élève à Panzi :
« J’ai appris à faire du thé de citronnelle pour la grippe avec ma mère. Mais je ne connais pas plus que ça. C’est rare qu’on nous enseigne, sauf quand quelqu’un est malade. »

Jonas Bukase, 27 ans, habitant de Kadutu :
« Mon père connaît beaucoup de feuilles, mais il garde tout pour lui. Je crois qu’il pense qu’on ne va pas s’en servir ou qu’on va oublier. »

Avis des spécialistes

Dr Chantal Safari, ethnobotaniste à Bukavu, rappelle l’importance de préserver ce savoir :« Le savoir lié aux plantes médicinales est un patrimoine biologique et culturel. Depuis des générations, nos aïeux ont soigné diverses maladies avec des feuilles, des racines, des écorces… Ce savoir ne se trouve pas dans les manuels classiques. Malheureusement, les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas curieux. Ils pensent que seuls les produits pharmaceutiques ont de la valeur. Mais en période de crise, quand l’accès aux soins est limité, ces plantes peuvent sauver des vies. Il est donc urgent d’organiser des ateliers communautaires où les anciens transmettent ce savoir, pour qu’il ne se perde pas. »

Selon le Professeur Jean-René Muganwa, spécialiste en santé communautaire à l’Université de Lubumbashi (UNILU), ce recul est dû à une méfiance envers les pratiques traditionnelles.
« On pense souvent que ces remèdes sont magiques ou dépassés, mais c’est faux. Beaucoup sont validés par la science. Il faut les intégrer dans l’éducation sanitaire pour que les jeunes comprennent leur valeur », explique-t-il.

Même constat pour Mme Rachel Namusoke, sociologue à Bukavu :« Aujourd’hui, les jeunes veulent ce qui est moderne. Ils rejettent les plantes car ils les associent à la pauvreté ou à la sorcellerie. Pourtant, utiliser ces remèdes, c’est faire preuve d’intelligence et d’autonomie. »

Dr Leonel Bahati, pharmacien à l’Université de Goma, insiste sur l’importance de reconnecter les jeunes à ces savoirs.
« L’aloe vera, le moringa ou la citronnelle sont reconnus en médecine. Mais il existe un écart entre la recherche scientifique et la pratique familiale. Il faut créer des formations qui relient les deux. »

Un appel à l’action

Pour ces spécialistes, il est urgent d’agir : restaurer l’image positive des plantes médicinales, sensibiliser les jeunes, et encourager les familles à transmettre ce savoir. C’est une question de santé, mais aussi de culture.
Si rien n’est fait, ce savoir précieux pourrait disparaître avec les anciens au détriment des générations futures.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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