
Les proverbes, reflets de la sagesse populaire, traversent les générations. À Bukavu et dans d’autres milieux congolais, de plus en plus de jeunes redécouvrent ces trésors linguistiques pour exprimer leurs pensées face aux réalités sociales. Loin d’être démodés, ils deviennent des outils de communication, de conseil, de dénonciation et de revendication.
Sandrine Mabele, 22 ans, étudiante en droit à l’UOB Bukavu :
« Quand je veux critiquer l’injustice ou l’hypocrisie dans la société, j’utilise le proverbe “Moto aleka na nzela, moto azwi nzela”, pour dire que chacun a son temps et son chemin. Les gens comprennent mieux lorsqu’on parle en proverbes. »
Jean-Claude Lofombo, 24 ans, artiste slameur :
« J’utilise les proverbes dans mes textes. Cela donne de la profondeur et relie mon message à notre culture. Par exemple, quand je dis “Masano ya mu mwana, ayang’ana ko mu makolo ya mama”, je dénonce l’influence des adultes dans les mauvais choix des jeunes. »
Déborah K., 19 ans, élève au lycée Wima :
« Sur les réseaux sociaux, quand je veux dire quelque chose de fort, je mets un proverbe. C’est une manière de dire beaucoup en peu de mots. Même sur des sujets sensibles, les gens réagissent avec respect. »
Avis des spécialistes
Prof. Alain Byamungu, linguiste à l’Université Officielle de Bukavu (UOB) :
« Les jeunes s’approprient les proverbes pour donner du poids à leurs opinions. Cela témoigne d’un enracinement culturel fort et d’une volonté de parler à la société dans un langage profondément compréhensible. »
Agnès Kavira, sociologue :
« Le recours aux proverbes dans les discours sociaux est une forme de résistance douce. Les jeunes utilisent ces codes culturels pour dénoncer, critiquer ou proposer des idées sans affrontement direct avec les autorités ou les tabous. »
Pasteur Joseph Katabaro, formateur en éthique sociale :
« Les proverbes sont des canaux pédagogiques. Je suis impressionné de voir que les jeunes les mobilisent pour parler de corruption, d’amour, de respect ou d’éducation. Cela révèle une maturité d’analyse. »
Chantal Bisimwa, animatrice culturelle :
« Dans les clubs de jeunes que j’anime, les proverbes servent souvent de point de départ pour des discussions sur la société. Ils facilitent l’expression libre. »
Moïse Ndaruhutse, éducateur en milieu rural :
« Chez les jeunes ruraux, les proverbes restent très vivants. Ils s’en servent pour se conseiller, notamment sur des questions d’amour, de travail et de famille. »
Tous s’accordent à dire que l’usage des proverbes par les jeunes est une forme d’expression à la fois puissante et culturellement ancrée. C’est la preuve que la jeunesse ne rejette pas ses racines, mais les actualise à travers ses propres réalités. Un langage de vérité, de sagesse et d’authenticité.
Les proverbes locaux ne sont plus l’apanage des anciens. À Bukavu et ailleurs, les jeunes les réinventent pour exprimer leurs convictions, transmettre des messages profonds, initier des débats ou éveiller les consciences. Dans une société où la parole est parfois muselée, parler en proverbes devient une manière respectueuse et intelligente de faire entendre sa voix.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
