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Dans les zones rurales, l’éducation des enfants ne se limite pas à l’école formelle. Elle s’étend au sein de la communauté, notamment à travers des figures traditionnelles comme les conteurs. Par leurs récits transmis oralement, ces gardiens de la mémoire façonnent les comportements, enseignent les valeurs morales et renforcent l’identité culturelle. Leur influence demeure forte dans de nombreuses localités de la RDC, particulièrement là où la modernité n’a pas encore éclipsé les pratiques communautaires.

Un conteur traditionnel est une personne reconnue dans sa communauté pour sa capacité à transmettre des histoires issues de la tradition orale, relayées de génération en génération. Ces récits, souvent partagés autour du feu ou lors de rassemblements, visent à instruire, avertir et corriger les enfants en leur inculquant des leçons de vie, des valeurs sociales et morales.

Témoignages

Clarisse Lwaboshi, 12 ans, élève à Walungu :
« Chaque dimanche soir, papa André vient chez nous raconter des contes. Il parle des animaux, mais c’est pour nous montrer que la jalousie et le mensonge font du mal. »

Bashimbe Kabemba, 14 ans, habitant de Kaziba :
« J’ai appris à respecter les anciens grâce aux histoires que raconte maman Mwema. Elle dit toujours qu’un enfant sans respect est comme un arbre sans racines. »

Irène Milenge, mère de famille à Idjwi :
« Mes enfants ont changé depuis qu’ils écoutent les contes de grand-père Munganga. Ils parlent avec plus de sagesse et comprennent mieux l’entraide. »

Kambale Deogratias, 11 ans, élève à Kabamba :
« Le conte sur le lièvre et le léopard m’a appris qu’il ne faut jamais se vanter, car l’intelligence se cache dans le silence. »

Avis des spécialistes

Dr Espérance Mulume, sociologue de l’enfance :
« Le conte est une forme d’éducation morale. Il permet à l’enfant d’identifier des comportements à imiter ou à éviter à travers des personnages symboliques. »

Pr Innocent Mugisho, professeur de psychologie sociale :
« Dans un monde où la parole des parents se perd parfois, les conteurs recréent une autorité morale naturelle, non autoritaire mais éducative. »

Mme Solange Kambere, spécialiste en culture africaine :
« Les conteurs valorisent l’héritage culturel. Ils préservent les proverbes, la langue, la sagesse populaire, ce qui construit chez l’enfant un sentiment d’appartenance. »

Jean-Claude Maheshe, anthropologue basé à Bukavu :
« En milieu rural, le conte est une méthode pédagogique efficace. Il est ancré dans le vécu quotidien, ce qui le rend plus crédible et accessible aux enfants. »

Sœur Nadège Byamungu, éducatrice communautaire :
« Les enfants qui écoutent régulièrement des contes développent une meilleure capacité d’analyse, un langage riche et une sensibilité morale plus affinée. »

Tous les spécialistes s’accordent à dire que le rôle du conteur ne peut être ignoré dans l’éducation des enfants en milieu rural. Leur influence dépasse le simple divertissement : ils contribuent à la construction de la personnalité, au renforcement de l’éthique et à la préservation des identités communautaires. Le conte devient ainsi un outil éducatif puissant, surtout là où les institutions formelles montrent leurs limites.

À l’heure où la modernité efface progressivement les repères traditionnels, il est urgent de reconnaître et de valoriser le rôle des conteurs. Leur présence dans les communautés rurales constitue une richesse inestimable pour l’éducation des enfants, la transmission des valeurs et la sauvegarde de la culture. Investir dans leur reconnaissance, leur formation et leur accompagnement, c’est investir dans l’avenir moral et identitaire des jeunes générations.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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