
Dans le quartier Nkafu, commune de Kadutu à Bukavu, une jeunesse engagée redonne espoir à travers un métier artisanal : la fabrication de braseros locaux, appelés couramment « bamboula ». Ce savoir-faire, transmis de frère à frère, est devenu une véritable voie de dignité, d’autonomie et de survie pour de nombreux jeunes.
À seulement 20 ans, Wilondja Blaise s’illustre comme l’un des artisans les plus actifs. Depuis deux ans, il transforme chaque jour la tôle et la terre cuite en braseros fonctionnels, faits à la main avec minutie. Son apprentissage ne s’est pas fait sur les bancs d’une école, mais dans la cour familiale, au rythme des gestes répétés et de l’observation :
« C’est mon grand frère qui m’a appris. Au début, je regardais comment il faisait. Un jour, il m’a demandé de découper une tôle… petit à petit, j’ai tout appris. J’ai senti que c’était en moi. »

Aujourd’hui, Wilondja dirige une équipe de plus de 12 jeunes. Ensemble, ils produisent jusqu’à 20 braseros par jour. Le travail est structuré : certains façonnent la carcasse métallique, d’autres pétrissent la terre cuite pour réaliser la partie intérieure, résistante au feu. Les outils sont simples mais essentiels : ciseaux, marteaux, biré, ruban, peinture…
« C’est un vrai travail d’équipe. Chacun a son rôle. Quand on assemble tout, on obtient un bamboula prêt à l’usage. »
Un métier de bras, une voie de liberté
Pour ces jeunes, le bamboula représente bien plus qu’un simple outil de cuisine : c’est une source de revenus réguliers et un moyen d’exister socialement. Wilondja témoigne avec fierté :
« Grâce à ce boulot, je peux acheter mes unités, mes données mobiles, ou même un pantalon à la fin du mois. »

Allain Shukuru, 18 ans, utilise une machine pour donner une forme ovale aux tôles. Il raconte comment ce métier l’a sorti de la précarité :
« Avant, même 500 FC par semaine, c’était difficile. Je m’endettais chez les amis. Aujourd’hui, j’ai une activité stable, je me sens utile. »
Le message que portent ces jeunes artisans est fort : le travail manuel n’est pas une honte, c’est une réponse concrète aux défis du quotidien. À Bukavu, où le chômage juvénile est endémique et les difficultés économiques persistent, apprendre un métier devient une arme contre l’oisiveté, la pauvreté et la dépendance.
« À ceux qui passent leurs journées à ne rien faire, je dis : apprenez un métier de main. Épargnez vos parents, surtout en ces temps où les familles manquent de tout », lance Wilondja avec la maturité de celui qui a su transformer ses mains en avenir.

Une jeunesse qui forge sa voie, brasero après brasero
Dans les recoins discrets des ateliers de fortune, une nouvelle génération trace sa route à coups de marteaux, de sueur et d’espoir. Ce n’est peut-être pas une success story hollywoodienne, mais c’est une réalité noble, bâtie dans le silence et la détermination. Et surtout, c’est une jeunesse qui, brasero après brasero, redonne un sens au mot dignité.
Dans un contexte économique tendu, où le chômage des jeunes bat des records, ces artisans du quotidien montrent qu’avec des mains, de la volonté et de la solidarité, on peut bâtir une vie digne, une tôle à la fois.
Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes à Watoto News
