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Le développement urbain rapide a profondément modifié la relation que les enfants entretiennent avec la nature, surtout dans les zones périurbaines, ces espaces situés entre la ville et la campagne. Autrefois riches en espaces verts, en rivières et en sentiers forestiers, ces lieux sont désormais envahis par des constructions, des routes ou des décharges. Pourtant, le lien avec la nature joue un rôle essentiel dans la croissance émotionnelle, sociale et cognitive de l’enfant. Comment vivent-ils cette réalité ? Quels sont les enjeux pour leur bien-être et leur éducation ?

Nina Waso, 10 ans, habitante de Karhale (périphérie de Bukavu) :
« Avant, on partait souvent jouer dans la petite forêt avec mes amies, on ramassait des fleurs, on grimpait aux arbres… Maintenant, il y a des maisons partout, c’est devenu dangereux. »

Aimé Nyangi, 12 ans, quartier périphérique de Goma :
« Ma maman me dit toujours de rester à la maison. Dehors, il y a la poussière, les voitures, les déchets. Mais moi, j’aimerais bien courir dans l’herbe, comme dans les dessins animés. »

Grâce, mère de famille à Bukavu :
« J’ai grandi en contact direct avec la nature. Nos enfants n’ont pas cette chance. Ils passent leur temps sur les téléphones. Ce n’est pas leur faute, c’est l’environnement qui a changé. »

Le milieu périurbain est une zone en transition, où coexistent des éléments urbains (routes, lotissements, commerces) et ruraux (espaces verts, agriculture, forêts). On y trouve souvent des quartiers résidentiels, des écoles, des petits marchés, mais aussi un manque d’infrastructures stables. Ces zones connaissent une croissance rapide, parfois désorganisée, ce qui pose de nombreux défis : transport, environnement, accès aux services de base, etc.

Avis des spécialistes

Dr Rachel Kavira, pédiatre à Bukavu :
« Le manque de contact avec la nature chez les enfants des zones périurbaines entraîne une hausse des troubles de l’attention, de l’anxiété et du stress. Ils deviennent de plus en plus sédentaires. »

Jean-Marie Mufungizi, expert en urbanisme durable :
« Les villes s’étendent sans planification intégrée des espaces verts. Dans les zones périurbaines, les enfants devraient avoir accès à des parcs, des potagers collectifs ou même de petits sentiers écologiques. »

Déborah Lusamba, éducatrice spécialisée :
« La nature développe chez l’enfant l’autonomie, la curiosité, l’imagination. Il apprend à respecter la vie, à observer, à questionner. C’est une école silencieuse mais puissante. »

Prof. David Ndaliko, anthropologue :
« Le lien culturel à la terre et à la nature est en train de disparaître. Cela affecte l’identité des enfants, leur rapport au monde et aux traditions. »

Grâce Mutegeti, psychologue de l’enfant :
« Certains enfants souffrent d’isolement social faute de lieux naturels sécurisés pour jouer. Les écrans deviennent leur seul refuge. Ce n’est pas sain. »

Patrick Kambale, responsable d’un centre communautaire à Beni :
« Nous avons mis en place un petit jardin pédagogique. Les enfants y découvrent les plantes locales, apprennent à semer, à récolter… C’est incroyable comme cela les transforme. »

Les spécialistes s’accordent sur l’urgence de rétablir un lien sain et durable entre les enfants et la nature, même dans les contextes périurbains. Ce lien est essentiel au bien-être psychologique, à l’apprentissage, à la socialisation et à l’ancrage culturel. Sans l’implication des autorités et de la communauté, une génération entière risque de grandir déconnectée de son environnement naturel.

Redonner aux enfants l’accès à la nature, même à petite échelle, c’est leur offrir des racines, des repères et de la résilience. Parents, urbanistes, enseignants et décideurs doivent agir ensemble pour réintégrer la nature dans leur quotidien. Grandir ne doit pas rimer avec isolement, mais avec découverte, liberté et harmonie avec le vivant.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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