
De nombreux enfants subissent les conséquences directes de l’ignorance ou de la négligence de leurs droits fondamentaux par leurs propres parents. Entre précarité économique, traditions tenaces et méconnaissance des textes juridiques, les témoignages recueillis révèlent une problématique urgente, encore trop souvent passée sous silence.
Une descente sur terrain au marché de Bondeko, dans la commune de Kadutu, ce vendredi 4 juillet 2025, a mis en lumière une réalité préoccupante à travers des témoignages recueillis par Watoto News:
Séraphine Cirenga, vendeuse de bananes plantain âgée de 42 ans, illustre bien la persistance de certaines mentalités rétrogrades : « Une fille n’a pas besoin d’aller jusqu’à l’université, même le secondaire, ça ne sert à rien. Une fois mariée, elle fera comment ? Ce ne sont pas les diplômes qui vont la nourrir si elle tombe sur un mari irresponsable. »
Cette perception, malheureusement encore répandue, va à l’encontre de l’article 28 de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), qui garantit à chaque enfant, sans discrimination, le droit à l’éducation.
Le témoignage poignant de Nabintu, 14 ans, vendeuse d’avocats sur le même marché, en dit long sur l’impact de ces croyances :
« Je voulais devenir infirmière. Mais quand les difficultés ont commencé à la maison, mes parents m’ont demandé d’arrêter l’école pour que mon grand frère continue. Ils disaient qu’un mari m’attendait et qu’il étudiait pour moi. Aujourd’hui, je vends des avocats. J’étais choquée, mais c’est la vie. »
Son histoire reflète une réalité largement partagée. Selon le rapport 2023 de l’UNICEF sur l’éducation des filles, plus de 129 millions de filles dans le monde sont privées d’éducation. En Afrique subsaharienne, 4 sur 10 abandonnent l’école avant la fin du cycle primaire, en raison notamment de la pauvreté, des mariages précoces ou d’une préférence accordée à l’éducation des garçons.
Mama Espérance Lukogo, une passante, met en lumière un autre aspect inquiétant : l’usage de la violence dans l’éducation. « Je connais quelques droits des enfants, mais pas tous. Frapper un enfant ? Chez nous, c’est recommandé par la religion. Si un de mes enfants fait une faute, je le chicote jusqu’à ce qu’il comprenne la leçon. »
Pourtant, l’éducation, la protection et l’égalité des chances ne sont pas des privilèges, mais des droits universels et inaliénables.
Face à ce constat alarmant, un appel urgent est lancé : les autorités locales, les éducateurs, les leaders religieux et les organisations non gouvernementales doivent redoubler d’efforts pour sensibiliser les communautés.
Des campagnes d’information ciblées dans les marchés, les quartiers et les établissements scolaires sont indispensables pour informer les parents de leurs responsabilités et des droits fondamentaux de leurs enfants. Chaque enfant a le droit de rêver, de grandir dans la dignité et de réaliser son potentiel, sans avoir à sacrifier son avenir au nom de traditions révolues.
Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
