
L’Examen National de fin d’Études Primaires (ENAFEP) se tiendra ce mardi 1er et mercredi 2 juillet sur l’ensemble du territoire national, y compris dans la province du Sud-Kivu. Des milliers d’enfants de 6e année, issus tant des milieux urbains que ruraux, s’apprêtent à franchir cette étape décisive vers les études secondaires. Mais les conditions dans lesquelles certains y parviennent soulèvent de réelles questions d’équité et de justice sociale.
C’est notamment le cas dans le village de Cibumbiro, groupement de Mudaka, territoire de Kabare, où les élèves de l’École Primaire Bugarama doivent parcourir à pied environ 6 kilomètres en terrain montagneux pour rejoindre le centre d’examen de Murhesa (EP Mpungwe). À la veille de cette épreuve nationale, Watoto News est allé à leur rencontre, alors qu’ils se rendaient déjà au centre pour accomplir certaines formalités.
Accompagnés par leur enseignant de 6e année, Monsieur Benoît Lulihoshi, ces enfants avancent péniblement, certains le ventre vide, d’autres pieds nus. Malgré la fatigue, la soif ou la peur face à la situation sécuritaire inquiétante, ils poursuivent leur marche. Pour beaucoup, ce sera non seulement leur premier examen officiel, mais aussi leur premier long trajet en dehors du village.
Avant même de passer leur épreuve, ces jeunes finalistes vivent déjà une autre : celle de la distance, de la pauvreté,… Deux d’entre eux témoignent, les larmes aux yeux.
Asifiwe Ntububa, garçon de 6e année (EP Bugarama) :
« J’ai peur de rater mon examen. Ce n’est pas que je n’ai pas appris, mais la fatigue m’épuise. On a quitté Cibumbiro tôt, et le chemin est trop long. On mérite aussi d’avoir un centre ici, près de notre école. »
Nasimire Munogolo, une fille de 13 ans, de la même classe :
« J’ai très mal aux jambes. On dit que l’école nous sauvera, mais marcher comme ça, c’est trop dur. Je n’ai rien mangé ce matin. Et je ne sais même pas comment je vais rentrer. Demain, il faudra encore repartir tôt, et après encore. »
Leur accompagnateur, Monsieur Lulihoshi, enseignant à l’EP Bugarama, ne cache pas son émotion :
« Chaque année, je les accompagne avec douleur. Ces enfants souffrent trop pour accéder à un droit fondamental. En cette période de crise économique et humanitaire, les familles n’ont même pas de quoi leur donner un repas. Je lance un appel : qu’on crée un centre d’examen ENAFEP ici même à Bugarama ou dans une école voisine. Cela changerait tout. »
Le savoir ne devrait pas se mériter dans la souffrance. L’exemple de Cibumbiro illustre un paradoxe : alors que l’ENAFEP est censé évaluer les compétences acquises en fin de cycle primaire, il met d’abord à l’épreuve la résistance physique et mentale des enfants ruraux. Cette inégalité d’accès, trop souvent banalisée, mérite une réponse urgente des autorités éducatives.
L’engagement de ces élèves et de leurs enseignants est admirable. L’avenir des enfants de Kabare, comme ailleurs, commence par un accès équitable à l’éducation. Et cela passe aussi par la proximité.
Par Pascal Marhegane Ki-Moon,
Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
