0 4 minutes 11 mois

Au Sud-Kivu, la présence croissante d’enfants sur les sites d’exploitation minière suscite de vives inquiétudes. C’est notamment le cas dans le carré minier de Mukungwe, situé dans le groupement de Mushinga, territoire de Walungu. Des centaines d’enfants, filles et garçons, y sont visibles. Ils viennent de plusieurs villages de Walungu, mais aussi du territoire voisin de Mwenga.

Ces enfants, exploités dans des travaux pénibles et inadaptés à leur âge, voient leur avenir gravement compromis. Et pourtant, de nombreux textes nationaux et internationaux protègent les mineurs contre le travail forcé ou dangereux. À Mukungwe, communément appelé Maroc, cette protection semble inexistante.

Dans ce site minier, certains enfants pilent du sable, d’autres transportent de l’eau, vendent divers produits ou creusent dans les puits au service d’adultes. Ces activités les exposent à de graves dangers et privent la communauté d’une génération d’avenir.

Certains enfants rencontrés sur place sont conscients des risques, mais affirment n’avoir aucune autre alternative. Leur situation familiale, marquée par une extrême pauvreté, les pousse à se sacrifier pour survivre et soutenir les leurs.

« Nous venons de familles pauvres. Le peu que nous gagnons dans cette souffrance permet à nos familles de manger. Moi, je paie la scolarité de mes petits frères parce que mes parents n’en ont pas les moyens. J’ai moi-même arrêté l’école en 4e primaire », témoigne André (nom d’emprunt), les larmes aux yeux.

La pauvreté, seule responsable ?

Si la pauvreté est un facteur déterminant, elle n’explique pas tout. Selon un responsable d’un puits d’or, certains enfants sont attirés par l’appât du gain, tandis que d’autres profitent des vacances scolaires pour travailler et réunir de quoi préparer la rentrée.

La forte présence d’enfants à Mukungwe s’explique en grande partie par les congés scolaires. Poussés par leurs parents, beaucoup s’aventurent dans les carrières minières pour récolter de quoi acheter des cahiers, des fournitures scolaires, des uniformes ou encore aider d’autres membres de la famille.

Mais malheureusement, bon nombre d’entre eux ne rentrent pas à temps pour la reprise des cours. Certains prennent goût à l’argent, d’autres se laissent influencer par les enfants qu’ils rencontrent sur place, déplore un enseignant du milieu.

Entre prise de conscience et recherche de solutions

Les responsables du carré minier de Mukungwe reconnaissent la présence d’enfants exploités, non seulement sur leur site, mais aussi dans d’autres exploitations de la région. Ils affirment organiser parfois des séances de sensibilisation et permettre à des organisations de défense des droits de l’enfant d’intervenir auprès des mineurs.

L’un de ces responsables, qui a accepté de nous parler, indique qu’il arrive que certains enfants, reconnaissables à leur apparence physique, soient expulsés du site. Mais ces opérations donnent peu de résultats : plusieurs mineurs se font passer pour des adultes, parfois avec de faux documents.

Notre source conclut qu’aucun avenir ne peut être garanti à ces enfants contraints à des travaux pénibles et précoces, alors qu’ils devraient être sur les bancs de l’école et entourés de leur famille.

Jean Marie Murhula, volontaire pour les enfants à Watoto News

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.