
À Bukavu, une nouvelle dynamique émerge : celle d’une jeunesse déterminée à défendre l’environnement face aux défis croissants de la pollution. Loin de rester spectateurs, plusieurs jeunes de la ville se mobilisent et transforment leur indignation en actions concrètes. Leur engagement montre qu’il est possible d’agir localement pour un impact durable, en plaçant la protection de la nature au cœur de l’innovation citoyenne.

Située au bord du lac Kivu, la ville de Bukavu est confrontée à une prolifération inquiétante de déchets plastiques, mettant en péril les écosystèmes locaux et la santé publique. Mais dans ce contexte préoccupant, des jeunes leaders se distinguent par leur engagement. C’est le cas de Ghislain Mahame François, diplômé en santé publique à l’Université Officielle de Bukavu (UOB), qui a choisi de faire de la lutte contre la pollution plastique sa priorité.
Ghislain ne se limite pas à dénoncer les effets néfastes de la pollution : il agit concrètement. Il parcourt les rues, les caniveaux et les marchés de Kadutu pour y ramasser les déchets plastiques, qu’il recycle ensuite en objets utiles du quotidien.
« Ma démarche est simple : je collecte les déchets plastiques et je les transforme. Chaque déchet peut devenir une ressource », explique-t-il.

Son idée est née après une formation spécialisée dans le recyclage, mais c’est surtout la douleur face à la dégradation de son environnement qui l’a poussé à s’engager.
« Voir ma ville submergée par les plastiques me brisait le cœur. J’ai fini par me poser une question essentielle : Que puis-je faire pour aider ma ville tout en protégeant la nature ?», confie-t-il.
C’est à partir de cette interrogation que son engagement a pris forme, illustrant la puissance d’une jeunesse consciente, créative et résolument tournée vers le changement.
Aujourd’hui, Ghislain et son équipe transforment les déchets en objets utiles du quotidien : de jolis guéridons conçus à partir de bouteilles plastiques, des poubelles écologiques, et même des pavés qui servent à embellir les rues.
Le processus est ingénieux : les plastiques sont chauffés à haute température et mélangés à d’autres matériaux pour obtenir les pavés, tandis que les bouteilles à usage unique sont assemblées à l’aide de fils de ligature et de pinces pour créer divers objets fonctionnels.

Mais au-delà de l’aspect technique et commercial, l’initiative de Ghislain poursuit un objectif social fort : offrir des opportunités aux jeunes sans emploi.
« Plus qu’un projet entrepreneurial, notre démarche vise à occuper les jeunes délaissés. Plutôt que de traîner dans les quartiers sans perspective, ils peuvent participer activement à l’assainissement de notre ville », explique-t-il.
Cette action a un double impact : elle réduit les risques liés à l’environnement, tels que les caniveaux bouchés, les inondations, les glissements de terrain et la pollution du lac Kivu, tout en redonnant dignité et utilité à une jeunesse souvent oubliée.
Malgré les obstacles manque de matériel, de main-d’œuvre et de financement
Ghislain reste résolument engagé. Sa plus grande source de motivation : voir les jeunes qu’il a formés exceller à leur tour.
« Ce qui nous pousse à continuer, c’est de voir d’autres jeunes fabriquer eux aussi des objets utiles à partir des déchets plastiques. Leur succès est notre fierté, et il nous encourage à ne pas abandonner », confie-t-il.
À long terme, Ghislain Mahame François ambitionne de sensibiliser davantage de jeunes en situation d’exclusion ou au chômage pour qu’ils s’engagent à leur tour dans cette lutte cruciale.
« L’idée, c’est de relever ensemble le grand défi de l’assainissement et de la protection de notre mère nature », insiste-t-il.

L’engagement de Ghislain est un appel fort à toute la jeunesse de Bukavu et au-delà. Il rappelle que chaque geste compte, que la nécessité peut être source d’innovation, et que la jeunesse, par sa créativité et sa solidarité, détient le pouvoir de transformer nos villes pour un avenir plus propre, plus vert et plus solidaire.
Gabriel Cubaka, volontaire pour les enfants et les jeunes à Watoto News
