
L’Organisation des Nations unies tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : les enfants paient un tribut toujours plus lourd dans les conflits armés à travers le monde. Dans son rapport annuel publié jeudi 19 juin 2025, l’ONU dénonce une année 2024 particulièrement dramatique, marquée par plus de 41 000 violations graves contre les enfants, un chiffre record en près de trois décennies.
Une montée inquiétante des abus
Le rapport recense six types de violations graves : le recrutement et l’utilisation d’enfants dans les forces et groupes armés, les meurtres et mutilations, les violences sexuelles, les attaques contre les écoles et les hôpitaux, l’enlèvement d’enfants, ainsi que le refus d’accès humanitaire.
Ces abus ont atteint un niveau « sans précédent », selon la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour les enfants et les conflits armés, Virginia Gamba. « Nous assistons à une détérioration rapide des conditions de vie des enfants dans plusieurs zones de conflit. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il ne s’agit plus seulement d’un signal d’alerte, mais d’une urgence humanitaire mondiale. »
Des foyers de conflit parmi les plus meurtriers

Les principaux pays touchés par ces violations sont notamment :
Gaza, où l’offensive militaire israélienne a provoqué un nombre alarmant de morts et de blessés parmi les enfants palestiniens ;
La République démocratique du Congo, où les conflits armés dans l’Est ont favorisé le recrutement massif d’enfants soldats et les attaques contre les structures scolaires ;
Haïti, où les gangs armés contrôlent de larges portions du territoire, exposant les enfants à des enlèvements, à l’exploitation sexuelle et au recrutement forcé.
À ces situations s’ajoutent celles du Soudan, de la Syrie, de l’Ukraine et du Yémen, où les enfants continuent de subir les conséquences directes de conflits prolongés, souvent dans un silence international accablant.
Des enfants utilisés comme armes de guerre
Parmi les violations recensées, le recrutement d’enfants soldats reste une pratique largement répandue. L’ONU rapporte que des groupes armés n’hésitent pas à forcer des enfants, parfois âgés de moins de 10 ans, à combattre, à servir comme espions ou porteurs, ou encore à commettre des attentats-suicides.
La situation est également alarmante sur le plan de l’éducation : des centaines d’écoles ont été attaquées, détruites ou utilisées à des fins militaires, privant des milliers d’enfants de leur droit fondamental à l’instruction.
Un appel à l’action
L’ONU appelle les États membres, les acteurs armés non étatiques et la communauté internationale à renforcer la protection des enfants dans les zones de conflit, en mettant en œuvre les engagements internationaux existants, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et ses protocoles additionnels.
Virginia Gamba insiste : « Il est urgent de mettre fin à l’impunité. Les auteurs de ces actes doivent être traduits en justice. Chaque enfant blessé, violé, enrôlé ou tué est un échec collectif de notre humanité. »
La RDC dans la tourmente
En République démocratique du Congo, la situation reste critique, notamment dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où les milices armées continuent de terroriser la population. Les rapports de l’ONU font état de milliers d’enfants recrutés de force, souvent à travers des promesses de protection ou de survie, dans un contexte d’extrême pauvreté.
Les ONG locales, bien que très actives, peinent à répondre aux besoins croissants. L’accès humanitaire est souvent restreint, et les enfants survivants souffrent de graves séquelles psychologiques.
Une génération sacrifiée ?
Le constat de l’ONU est glaçant : une génération entière d’enfants risque d’être perdue si des mesures urgentes et coordonnées ne sont pas prises. Le rapport appelle non seulement à une cessation immédiate des hostilités dans les zones à risque, mais aussi à une reconstruction durable des systèmes de protection de l’enfance, de l’éducation et de la santé.
Le monde ne peut plus détourner le regard. La protection des enfants en zone de conflit est une obligation morale et juridique. Face à l’ampleur de la tragédie, chaque jour d’inaction est un jour de trop.
Par Kweli Birindwa Baraka, volontaire pour les jeunes à Watoto News, avec l’ONU
