
On parle souvent d’avenir pour les enfants, rarement avec eux. Pourtant, les enfants réfléchissent aussi. Peu importe la manière !
Ils observent le monde, posent des questions, imaginent ce qu’ils deviendront. Entre rêves de métiers, inquiétudes sur l’école ou espoirs de paix, leurs voix révèlent une étonnante maturité. Mais ces petites voix sont encore trop souvent ignorées, comme si elles n’avaient pas leur place dans la conversation sur le développement. Et si, justement, elles portaient des idées précieuses pour demain ?
« Quand je serai grand, je veux être enseignant pour que tous les enfants étudient même s’ils n’ont pas d’argent. »
Ces mots viennent de Dieumerci, 12 ans, élève en 6e primaire dans une école de Miti. À première vue, il ressemble à n’importe quel enfant de son âge, mais derrière son regard curieux se cache une réflexion profonde sur l’injustice qu’il observe autour de lui. Comme beaucoup d’enfants du Sud-Kivu, il rêve d’un avenir meilleur, non seulement pour lui, mais pour sa communauté.
Des rêves enracinés dans le réel
Dans les villages et centres du territoire de Kabare, depuis Miti jusqu’à Mudaka, en passant par Murhesa, les enfants partagent des espoirs empreints de lucidité. Si certains rêvent de devenir médecins, agronomes ou pilotes, d’autres expriment des souhaits plus terre à terre : cultiver la terre avec des machines, avoir une école en dur ou aider leur famille à manger à leur faim.
« J’aimerais devenir vétérinaire pour soigner les vaches de mon père. Quand elles tombent malades, personne ne sait quoi faire », explique Lukogo, 10 ans, habitant à Murhesa.
Ces paroles montrent que, loin des clichés d’enfants naïfs, beaucoup réfléchissent déjà à leur rôle dans la société. Leurs rêves sont souvent liés aux réalités qu’ils vivent au quotidien.
Des préoccupations sérieuses pour leur âge
Les enfants interrogés dans différentes localités de Kabare évoquent sans détour leurs inquiétudes : la pauvreté, l’accès à l’éducation, l’insécurité, le manque d’eau potable et même les conflits armés dans les zones voisines.
« J’ai peur quand on entend des coups de feu ici chez nous. Et même si ce n’est pas dans mon village, ça me fait mal au cœur ! », confie Jonas, 13 ans, à Mudaka centre.
« Il n’y a pas de livres dans notre école. Parfois, on apprend avec un seul cahier pour deux ou trois élèves », ajoute Valentine, 11 ans, à Cinjoma, toujours en groupement de Mudaka.
Ces témoignages révèlent une conscience aiguë des défis que leur génération devra affronter, mais aussi une volonté de changer les choses.
Une parole souvent négligée
Dans les familles rurales de Kabare, la parole de l’enfant est rarement prise au sérieux. Pourtant, plusieurs éducateurs plaident pour une approche différente.
« Les enfants ont une lecture très fine de leur environnement. Les écouter, c’est mieux comprendre les besoins de la communauté », estime Madame Benabo, enseignante dans une école primaire de Miti.
Elle ajoute que les enfants ne demandent pas forcément à être « décideurs », mais simplement à être entendus. Donner de l’espace à leur parole peut enrichir les initiatives de développement local.
Cette enseignante montre que des initiatives pour créer des espaces d’échange dans les écoles s’avèrent indispensables :
« Les enfants peuvent se réunir pour un cercle de parole. Accompagnés d’un enseignant et d’un psychologue local, ils discutent de leurs rêves, de leurs peurs et de leur quotidien. Résultat : les enfants se sentent valorisés et expriment mieux leurs émotions. Certains parents peuvent même noter une amélioration du comportement à la maison. »
Des voix à écouter, des idées à cultiver
Les enfants de Kabare ne sont pas des pages blanches à remplir. Ils sont déjà porteurs de réflexions, de solutions et d’ambitions. Leurs voix, souvent étouffées par la dureté du quotidien ou le silence imposé par les adultes, méritent d’être entendues.
En leur ouvrant des espaces d’expression dans les écoles, les radios locales ou les projets communautaires, le territoire de Kabare peut semer dès aujourd’hui les graines d’un avenir plus équitable et plus humain.
Pascal Marhegane Ki-Moon, Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
