
Dans les zones de santé de Sange et d’Uvira, au Sud-Kivu, une crise sanitaire persiste dans l’ombre : l’épidémie de choléra continue de frapper, mettant en danger les plus vulnérables, en particulier les enfants. Maladie évitable et traitable, le choléra reste pourtant mortel dans ces régions où l’accès à l’eau potable est un luxe.
Depuis mars 2025, plus de 100 cas confirmés ont été recensés à Sange, selon Médecins Sans Frontières (MSF). À Uvira, la maladie progresse encore dans les quartiers périphériques. Les enfants sont les premières victimes, souvent hospitalisés dans un état critique.
« Chaque semaine, nous recevons des enfants déshydratés, parfois inconscients. Certains ont moins de deux ans », témoigne Désiré Kavusa, agent de santé communautaire.
Trois facteurs expliquent leur forte exposition : l’eau insalubre issue de rivières ou mares, l’absence de latrines dans les écoles et marchés, et une mauvaise interprétation des symptômes précoces par les familles.
« Le choléra tue rapidement, surtout chez les enfants. Il suffit de quelques heures », alerte Mufariji André, agent de santé à Uvira.
« L’équation est simple : pas d’eau potable, donc propagation du choléra. Et ce sont les enfants qui en subissent les conséquences », souligne Edwidje Bagula, coordinatrice médicale chez MSF.
Quand les enfants deviennent les premiers acteurs de la prévention
Dans un contexte où le choléra menace quotidiennement la vie des plus jeunes, ce sont parfois les enfants eux-mêmes qui deviennent les meilleurs éducateurs. À Sange, comme ailleurs, ils repèrent les premiers signes de la maladie dans leur entourage et alertent les agents de santé communautaire.
« Ce sont souvent les enfants qui nous préviennent : ‘ma sœur vomit, mon petit frère est malade’. Ils sont nos yeux et nos oreilles », témoigne Paul Kanyere, infirmier titulaire à Sange.
Dans certaines écoles, des clubs d’hygiène dirigés par les enfants ont été créés. Formés aux gestes de prévention, ils partagent ces connaissances à la maison. « Un enfant bien formé devient un messager. Il apprend à ses parents à désinfecter l’eau ou à bien se laver les mains », ajoute Kanyere.
Le théâtre et les jeux au service de la prévention
Pour faire passer les messages de santé, des méthodes adaptées à l’enfance sont utilisées : théâtre, chants, récits, jeux. Une approche jugée très efficace par les professionnels.
« L’enfant est au cœur de notre stratégie. S’il comprend, c’est toute la famille qui change », explique Chantal Musafiri, superviseure en santé communautaire.
Témoignages poignants du terrain
Mélanie Bisimwa, animatrice communautaire, se souvient : « Une mère pensait que la diarrhée de son enfant de 4 ans venait des vers. Quand je l’ai emmené à l’hôpital, c’était presque trop tard. »
Mufariji André, agent de santé à Uvira, complète : « Les enfants parlent, même quand les parents cachent les malades. Grâce à eux, beaucoup de vies sont sauvées. »
Des solutions simples à mettre en œuvre
Les professionnels proposent des mesures urgentes et accessibles :
Installer des points d’eau potable près des écoles et marchés ;mettre en place des stations de lavage des mains ;renforcer les équipes communautaires en matériel, Intégrer les enfants dans les mécanismes d’alerte ;créer un fonds d’urgence pour les familles touchées.
L’espoir porté par les enfants
Malgré les défis, des signes d’espoir émergent chaque jour. « Ce matin, j’ai vu un enfant de 6 ans guéri danser avec ses amis. Il était dans le coma il y a trois jours. C’est pour ces sourires que nous continuons, même sous la pluie », conclut, émue, Mme Félicité Byamungu.
À Sange et Uvira, le choléra touche en priorité les enfants, révélant l’injustice d’une crise trop souvent ignorée. Leur souffrance incarne l’urgence sanitaire et appelle à une responsabilité partagée : protéger ces enfants, c’est préserver l’avenir et réveiller une conscience collective face à une épidémie qu’on ne peut plus ignorer.
Kweli birindwa volontaire pour les enfants et les jeunes à Watoto news avec MSF
