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En République démocratique du Congo, comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, l’accès à l’électricité reste irrégulier et précaire, particulièrement dans les zones urbaines à forte densité. Cette situation affecte de nombreux aspects du quotidien, notamment l’éducation des enfants. À Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, les coupures de courant sont devenues une contrainte majeure pour l’apprentissage à domicile, surtout depuis la période post-COVID, où les enfants sont de plus en plus appelés à étudier en dehors des salles de classe. La lumière artificielle, l’accès aux outils technologiques ou encore la possibilité de suivre des programmes éducatifs à la radio ou à la télévision dépendent tous de l’électricité. Les interruptions fréquentes du courant perturbent profondément le rythme d’apprentissage et sapent la motivation des élèves.

Témoignages

Eulalie, mère de quatre enfants au quartier Panzi, confie :
« Quand le courant est interrompu, vers 17 heures, mes enfants ne peuvent plus faire leurs devoirs. On allume une petite ampoule sous batterie, mais ce n’est pas aussi suffisant. Parfois, on abandonne tout et on reporte au lendemain. »

Jules, 13 ans, élève en 7e année, raconte :
« Je voulais suivre une émission de maths à la radio. Mais comme il n’y avait pas de courant pour charger la batterie de ma radio, j’ai tout raté. J’étais tellement frustré. »

Patrick, enseignant dans une école primaire, observe :
« J’ai remarqué que les élèves qui n’ont pas de courant à la maison accusent plus de retard que les autres. Ils ne font pas les devoirs, ou les bâclent, et certains perdent même confiance. »

Grâce, 10 ans, habitante de Kadutu, explique :
« J’aime lire mes livres à la maison, mais quand il fait noir, maman me dit d’aller dormir. Je sens que je perds du temps. Et les piles pour notre torche nous coûtent cher. Alors, parfois, maman me dit d’attendre le week-end pour étudier. Ce n’est pas normal. »

Une entrave silencieuse à l’éducation

La coupure d’électricité est l’interruption temporaire ou prolongée de l’alimentation en courant électrique dans une zone donnée. Cela signifie que tous les appareils et sources de lumière qui dépendent de l’électricité cessent de fonctionner. Elle peut être causée par des pannes techniques, des travaux d’entretien, un manque de production d’énergie ou une surcharge du réseau. Dans le contexte de l’apprentissage des enfants, cette situation devient un obstacle sérieux : elle empêche l’éclairage nécessaire aux devoirs, ainsi que l’utilisation d’outils comme les radios, télévisions éducatives ou téléphones pour les cours en ligne.

Effets observés sur l’apprentissage:

Diminution du temps consacré aux devoirs et à la lecture,

Difficulté à suivre les émissions éducatives à la radio ou à la télévision,

Fatigue mentale liée à l’insécurité énergétique,

Retard scolaire chez les enfants issus de familles pauvres,

Découragement et baisse de la motivation,

Paroles de spécialistes,

Dr Grâce Baraka, pédagogue et inspectrice scolaire, souligne :
« La lumière influence directement la concentration. Les enfants qui étudient dans de mauvaises conditions lumineuses mémorisent moins bien et perdent en performance. »

Pour le professeur Didier Kasereka, sociologue de l’éducation :
« L’électricité est aujourd’hui un facteur d’équité éducative. Ceux qui en disposent accèdent à plus de contenus et d’outils pédagogiques que les autres. Cela crée un fossé. »

Mme Nadine Mugisho, psychologue scolaire, ajoute :
« Le stress causé par les coupures fréquentes crée une forme d’anxiété chez l’enfant. Il a peur de ne pas réussir ou de décevoir ses parents et ses enseignants.»

Émile Shyaka, technicien en énergie solaire, propose une piste concrète :
« La solution passe aussi par l’innovation : des kits solaires éducatifs adaptés aux familles rurales peuvent offrir une lumière stable pour étudier. »

Sœur Béatrice Kavira, directrice d’une école rurale, recommande :
« Les écoles devraient intégrer l’éducation à l’énergie. Apprendre aux enfants comment gérer et économiser l’électricité peut leur être utile, même dans l’adversité.»

Enfin, pour le professeur Emmanuel Nyamugabo, expert en politiques publiques :
« L’État devrait considérer l’accès à l’électricité comme un pilier de la politique éducative.»

Les spécialistes s’accordent à dire que les coupures d’électricité ont un effet direct et profond sur la qualité de l’apprentissage des enfants. Au-delà des simples inconvénients matériels, c’est tout un écosystème éducatif qui est fragilisé : baisse de concentration, inégalités sociales renforcées, anxiété chez les enfants et décrochage scolaire progressif. Ils insistent sur l’urgence d’intégrer l’énergie comme un droit fondamental pour l’éducation et suggèrent des solutions locales comme la sensibilisation à l’usage rationnel de l’énergie.

L’impact des coupures d’électricité sur l’apprentissage à domicile ne peut être négligé. Dans des contextes où les enfants doivent de plus en plus apprendre hors des salles de classe, un accès stable à la lumière et aux outils éducatifs devient essentiel. Un enfant qui apprend dans la lumière est un adulte éclairé de demain.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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