
Face au taux croissant de déscolarisation et de chômage des jeunes, notamment dans les milieux urbains défavorisés et ruraux, l’artisanat local se présente comme une voie alternative et prometteuse. Tourné vers la valorisation des savoir-faire traditionnels (couture, menuiserie, poterie, tissage, ferronnerie…), il ne requiert souvent ni diplôme ni capital important. Il constitue ainsi une solution concrète pour les jeunes non scolarisés en quête d’un avenir meilleur.
Jean-Louis, 22 ans (Kadutu) :
« J’ai quitté l’école en 8e parce que mes parents n’avaient plus les moyens. Heureusement, un oncle m’a appris à tresser des paniers. J’en vends aujourd’hui au marché de Nyawera. Ça me permet de payer mon loyer et d’aider à la maison. »
Rachel, 19 ans (Bagira) :
« Je n’ai jamais été à l’école, mais grâce à une formation en couture dans une ONG locale, je sais faire des robes et des sacs. Je gagne un peu d’argent et je suis respectée par mes voisins. »
Yannick, 23 ans (Essence) :
« J’ai appris la mécanique dans un petit garage. J’y travaille maintenant tous les jours. C’est difficile, mais je suis fier de ne pas voler ni mendier. Je rêve d’ouvrir mon propre atelier. »
L’artisanat local désigne l’ensemble des activités manuelles réalisées au sein d’une communauté ou d’une région, en s’appuyant sur des savoir-faire traditionnels transmis de génération en génération. Il inclut notamment la fabrication d’objets en bois, la poterie, la couture, la vannerie, la bijouterie, la sculpture, etc. Ces produits, souvent faits à la main avec des matériaux locaux, reflètent la culture et l’identité du milieu. L’artisanat local joue un rôle économique important, surtout en zone rurale, en offrant des opportunités à ceux qui n’ont pas accès à une éducation formelle.
Avis de spécialistes
Le Professeur Salumu Kabare, sociologue (ISP Bukavu) :
« L’artisanat local permet l’intégration économique et sociale des jeunes sans diplôme. Il favorise l’autonomie et renforce les économies communautaires, souvent ignorées par les politiques publiques. »
Mme Béatrice Namujimbo, consultante en insertion professionnelle :
« Beaucoup de jeunes déscolarisés perdent tout espoir. Il est essentiel de structurer des centres de formation artisanale accessibles et de soutenir l’entrepreneuriat des jeunes dans ce secteur. »
Le docteur André Chikuru, psychologue :
« Le travail manuel valorise les jeunes. Il les aide à reprendre confiance en eux et à se reconnecter à leur culture et à leur communauté. C’est aussi une réponse à la délinquance juvénile. »
Monsieur Jean-Marie Bisimwa, entrepreneur en menuiserie à Panzi :
« J’ai commencé avec un marteau et deux planches. Aujourd’hui, j’ai cinq jeunes avec moi. Je crois fermement que l’artisanat est une école de vie et de responsabilité. »
Mme Léa Kalume, formatrice en artisanat féminin :
« Les filles abandonnées par le système scolaire ont besoin d’une seconde chance. Le tricot, la broderie, la fabrication de bijoux leur permettent de reconstruire leur dignité. »
Didier K., agent du Bureau communal de la jeunesse :
« On devrait organiser davantage de foires artisanales pour exposer le travail des jeunes. Ils ont besoin de visibilité et de reconnaissance. Ce sont de vrais talents ! »
L’artisanat local représente une véritable alternative d’emploi pour les jeunes non scolarisés. Il leur permet non seulement de s’insérer dans la vie économique, mais aussi de retrouver estime de soi et dignité. Pour renforcer son impact, les spécialistes recommandent le développement de structures de formation accessibles, l’accompagnement des jeunes artisans et la reconnaissance de ces métiers comme porteurs de valeur sociale et économique. L’artisanat ne doit plus être perçu comme un plan B, mais comme un levier stratégique du développement local.
L’artisanat local n’est pas une solution de rechange secondaire, mais une voie solide de développement personnel et collectif. Il mérite un encadrement structuré, des appuis financiers, des formations adaptées et, surtout, une reconnaissance institutionnelle. Soutenir les jeunes non scolarisés dans ce secteur, c’est leur offrir un avenir digne et productif.
Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu
