
De plus en plus d’enfants et de jeunes à Kabare, dans la province du Sud-Kivu à l’Est de la RDC, s’adonnent aux jeux de hasard, notamment les cartes avec mises d’argent et les paris sportifs. Bien que légalement interdits aux mineurs, ces pratiques sont courantes à Mudaka, Kavumu ou Miti. Les jeunes y voient un moyen rapide de gagner de l’argent, sans mesurer les risques.
Ils misent de petites sommes dans l’espoir de décrocher le gros lot. Un phénomène qui inquiète familles, enseignants et autorités locales.
« Mon fils a abandonné l’école pour parier. Il croit qu’il va s’enrichir grâce au football », déplore une mère à Kavumu.
Dans les écoles de Kabare, les enseignants dénoncent les conséquences : absences répétées de certains adolescents en classe , baisse du niveau, vols, conflits.
Ces élèves détournent l’argent destiné à leur scolarité pour parier dans ces kiosques.
Outre les paris, les jeux de cartes à mise d’argent se multiplient. Dans des ruelles, derrière des boutiques ou dans des parcelles peu surveillées, des jeunes misent parfois leurs habits, leur téléphone ou de l’argent volé à la maison.
« Ils commencent avec 500 francs, mais quand ils perdent, ça dégénère », explique un habitant de Bugore.
Certaines disputes finissent en bagarres, et les vols sont fréquents.
La pauvreté, le chômage et l’oisiveté alimentent cette dérive.
« Quand un jeune n’a ni travail ni activité, le jeu devient un refuge… mais c’est un piège », avertit un animateur communautaire.
« Même des enfants de 11 ou 12 ans sont repérés à l’entrée de ces maisons de paris, parfois poussés par des adultes ou des amis plus âgés », ajoute-t-il.

Les effets ne sont pas uniquement scolaires ou économiques. Sur le plan psychologique, beaucoup développent une dépendance : frustration, perte de contrôle.
« J’ai vu un garçon vendre ses chaussures pour continuer à jouer », confie un commerçant du marché de Charhwide.
Malgré l’interdiction des jeux de hasard aux mineurs, le contrôle est quasi inexistant. Certaines maisons de paris sont installées à quelques mètres des écoles ou des églises. Les autorités locales reconnaissent leur impuissance.
« Nous avons peu de moyens pour faire respecter la loi, et certains opérateurs agissent en toute impunité », admet un chef de village sous anonymat.
Ce que dit la CDE
La Convention relative aux droits de l’enfant protège celui-ci contre l’exploitation, la négligence et toute activité nuisible à son développement (articles 19, 28, 31, 33). Or, les jeux de hasard vont à l’encontre de ces principes.
Face à cette situation, quelques ONG et écoles réagissent. Des campagnes de sensibilisation sont menées dans les communautés pour alerter les jeunes et leurs familles sur les risques.
« Il faut des solutions urgentes, sinon on sacrifie toute une génération au jeu », alerte Stanislas Mwerhwe, président de la société civile à Kongé.
À Kabare, les maisons de paris et les jeux de cartes attirent une jeunesse en quête de rêve facile. Mais derrière chaque mise se cache une réalité amère : perte de repères, abandon scolaire, dépendance, précarité.
« Le silence autour du phénomène doit cesser. Des actions concrètes doivent être engagées », concluent nos sources.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare
