0 6 minutes 11 mois

Dans plusieurs villages du territoire de Kabare, situés non loin de Bukavu, une réalité discrète mais préoccupante menace la santé des enfants : le manque d’hygiène dans les foyers. Si les écoles et les centres de santé sensibilisent de plus en plus, les habitudes domestiques tardent à suivre.

Des gestes simples souvent négligés

Dans plusieurs villages comme Mudaka, Cirunga ou Miti, l’accès à l’eau potable demeure un défi quotidien.
« Nous puisons l’eau à des sources, parfois à plus d’un kilomètre. Elle n’est pas toujours propre, mais on n’a pas le choix », explique maman Chantal, mère de cinq enfants, habitante de Cibumbiro.
L’eau non traitée est souvent utilisée pour boire, cuisiner et se laver, exposant ainsi les enfants à des maladies telles que la diarrhée, le choléra ou les infections parasitaires.

Cependant, l’eau potable n’est pas le seul problème. L’entretien des parcelles familiales est aussi un enjeu majeur.
Dans certaines habitations, les ordures sont jetées à proximité de la maison, les herbes hautes prolifèrent et les latrines sont parfois mal entretenues. Ces conditions créent un environnement propice aux moustiques, mouches et autres vecteurs de maladies.

L’habillement des enfants est un autre aspect souvent négligé.
Beaucoup d’enfants portent des habits sales ou usés plusieurs jours de suite, parfois même mouillés, ce qui les expose à des infections cutanées et respiratoires.
« Les enfants jouent dans la boue, rentrent sales, mais parfois il n’y a pas assez de vêtements de rechange », reconnaît Joëlle Mukungulu, mère de six enfants à Miti centre.

Enfin, la cuisine est rarement à l’abri des bactéries : assiettes sales, aliments mal conservés, surfaces de préparation non nettoyées… autant de facteurs qui nuisent à l’hygiène alimentaire.
À ce sujet, madame Bujiriri Rose, ménagère à Miti, partage son expérience :
« Avant, on laissait les restes de nourriture à découvert, posés à même le sol ou sur des tables poussiéreuses. Mais mon petit garçon est tombé malade après avoir mangé du sombé mal conservé. Depuis ce jour, je couvre toujours mes plats et je veille à nettoyer l’espace de cuisson. »
Son témoignage illustre un réveil progressif, motivé par la peur de perdre un enfant à cause d’un simple oubli ou d’une ignorance évitable.

Le lavage des mains, pourtant crucial, n’est pas encore un réflexe automatique.
« Quand il y a du savon, on l’utilise, mais souvent on n’en a pas », confie à Watoto News un père de famille.

Des conséquences sanitaires visibles

D’après plusieurs structures sanitaires de la place, 40 % des consultations pédiatriques sont liées à des pathologies d’origine hydrique ou à une mauvaise hygiène.
« Nous soignons régulièrement des maladies qui peuvent être évitées par de simples gestes d’hygiène », indique un infirmier sous couvert d’anonymat.

Une prise de conscience lente mais réelle

Des ONG locales comme internationales travaillent sur le terrain pour sensibiliser les familles. Des séances éducatives sont organisées dans les écoles et autres structures de base. Des kits d’hygiène contenant savon, seau, filtre à eau sont parfois distribués.

« Les mentalités changent lentement. Quand on explique aux parents que se laver les mains sauve des vies, ils écoutent. Mais il faut répéter, accompagner et surtout faciliter l’accès à l’eau et aux produits de base », souligne Deborah, animatrice communautaire.

Les enfants, premiers agents de changement ?

Dans certaines familles, ce sont les enfants eux-mêmes qui deviennent les porte-paroles de l’hygiène. Grâce aux leçons apprises à l’école, ils rappellent à leurs parents de faire bouillir l’eau, de balayer la parcelle ou de laver les vêtements sales.
« Ma fille m’a dit que si je ne me lavais pas les mains, j’allais tomber malade. Ça m’a touchée », sourit une mère du village de Kaboneke.

À Kabare, comme dans de nombreuses zones rurales du Sud-Kivu, l’hygiène à domicile reste un défi important.
Si les initiatives locales et les efforts de sensibilisation commencent à porter leurs fruits, il est urgent d’investir davantage dans l’accès à l’eau potable, la distribution de produits d’hygiène et l’éducation communautaire. Car derrière chaque geste négligé, qu’il s’agisse d’une parcelle envahie de déchets, d’un enfant mal habillé ou d’une cuisine insalubre, c’est la santé de toute une génération qui est en jeu.

Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.