
À Bukavu, capitale du Sud-Kivu, l’alcoolisme prend une ampleur inquiétante, notamment chez les jeunes. Longtemps perçue comme un problème marginal, cette addiction touche aujourd’hui les adolescents et jeunes adultes, fragilisant familles et communauté.
Bars, cabarets de quartier, boutiques de vente d’alcools artisanaux : l’accès à l’alcool est à la fois simple, bon marché et rarement contrôlé.
« J’ai commencé à boire à 15 ans, pour m’amuser. Aujourd’hui, je ne peux plus passer une journée sans alcool fort. J’ai abandonné les études, le sport, même la foi », confie un jeune de 22 ans, rencontré dans un débit de boissons à Nkafu.
L’essor d’alcools frelatés comme le Musululu, Kanyanga, Fanyambio ou Lutuku, vendus à moins de 1000 FC le gobelet, aggrave la situation.
« Ce n’est pas de l’alcool, c’est du poison. Mais c’est plus accessible qu’un pain », déplore un tenancier du Beach Muhanzi.
Chômage, désœuvrement, conflits familiaux et pression sociale sont les moteurs profonds de cette consommation.
« Quand tu n’as pas d’emploi et que tout le monde boit autour de toi, tu finis par faire pareil », confie une jeune fille de 19 ans, déscolarisée.
Les conséquences sont dramatiques : violences domestiques, vols, abandon scolaire, errance… Les familles sont désemparées.
« Mon fils volait à la maison pour acheter de l’alcool. Nous avons dû l’envoyer vivre à Walungu. Une décision douloureuse », témoigne une mère, bouleversée.
Les structures de désintoxication sont rares, mal financées ou inaccessibles à la majorité. La santé mentale, souvent taboue, est ignorée. Les hôpitaux ne disposent pas de programmes spécialisés pour les jeunes dépendants à l’alcool.
Quelques associations, Églises et écoles tentent de réagir par des campagnes de sensibilisation et des activités de substitution (chant, théâtre, sport). Mais elles manquent de moyens, et leurs actions restent localisées.
« Il faut une vraie politique publique, pas seulement des slogans à la radio », affirme un éducateur communautaire du quartier Mosala.
L’alcoolisme des jeunes à Bukavu n’est plus une exception, c’est une crise silencieuse qui menace une génération entière. Tant que le sujet restera tabou et les victimes sans soutien, la société continuera à payer le prix : violence, décrochage scolaire, maladies, pauvreté.
L’alcoolisme chez les jeunes à Bukavu devient un fléau social qu’il est urgent de traiter par des actions de sensibilisation, de prévention et d’accompagnement psychologique.
Kweli Birindwa volontaire pour les jeunes et watoto news
