0 4 minutes 11 mois

Dans des villages reculés de Kabare, au nord du chef-lieu de la province du Sud-Kivu ,certaines croyances ancestrales ou sociales continuent de régir la vie quotidienne.
Si elles peuvent jouer un rôle social structurant, certaines d’entre elles s’avèrent particulièrement nuisibles aux enfants au point de compromettre leur avenir, leur dignité et leur sécurité. C’est le cas du phénomène « enfants accusés de sorcellerie ».

Accusation de sorcellerie, des enfants pointés du doigt.

Dans plusieurs localités , il n’est pas rare d’entendre parler d’enfants soupçonnés d’être ”sorciers ».
Ces accusations souvent infondées surviennent après la mort soudaine d’un parent, un accident ou un simple malheur. L’enfant déjà en détresse se retrouve stigmatisé , exclu voir abandonné.

«Mon neveu de 10 ans a été accusé de sorcellerie après le décès de sa grand mère. La communauté lui pointe du doigt, et depuis il ne va plus à l’école et a du mal à jouer avec d’autres enfants », raconte une habitante de la place.

Ces enfants sont souvent privés des soins médicaux, d’éducation et de l’affection de leurs proches. Certains finissent dans la rue ou dans des centres d’accueil débordés et sous-financés.

L’absence des cadres juridiques et l’indifférence des autorités.

Malgré les dispositions légales en RDC en matière de protection de l’enfant, peu d’actions concrètes sont menées pour lutter contre ces pratiques. Les autorités coutumières très influentes dans ces zones rurales restent silencieuses ou complices par peur de froisser les traditions.

Selon un animateur communautaire à Mudaka: « il n’y a pas assez de sensibilisation. même les enseignants parfois croient à ces choses et contribuent à l’isolement des enfants. »

L’Education comme levier du changement.

Les organisations locales plaident pour un renforcement de l’éducation aux droits des enfants et une collaboration plus étroite entre écoles, églises et chefs coutumiers. Plusieurs campagnes de sensibilisation ont été lancées mais elles peinent à toucher les zones les plus enclavées.

« il faut qu’il y ait une solution favorable à ce contexte. Les traditions ne doivent pas être une excuse pour maltraiter un enfant », affirme un défenseur des droits de l’homme à Mudaka.

Approché par Watoto News, plusieurs analystes pensent que ces chaines de croyance nuisibles pour l’enfant demandent du temps, de l’écoute et un engagement collectif pour être brisées.

« Derrière chaque phénomène similaire à celle des enfants accusés de sorcellerie se cache une histoire de pauvreté, d’ignorance et de peur», précisent-ils.

Ils ajoutent que tant que ces histoires imaginaires auront plus de poids que les droits fondamentaux des enfants, ces derniers continueront à payer un prix trop lourd pour les fautes qu’ils n’ont pas commises.

Que dit la loi?

La loi sur la protection de l’enfant (loi n°09/001 du 10 janvier 2009)à son article 160 interdit formellement toute forme de maltraitance ou d’accusation de sorcellerie contre les enfants.
Cependant, son application reste très faible dans les zones rurales.

Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare.

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.