
Dans plusieurs villages du territoire de Kabare, la vaccination demeure un sujet sensible. Le refus de vaccination dans cette zone soulève des préoccupations importantes, notamment chez les enfants et les jeunes qui en sont les principales victimes. Watoto News s’est penché sur la question d’autant plus que cette situation compromet l’immunité collective et favorise la résurgence des maladies pourtant évitables.
Selon un constat fait à Kabare, les professionnels de santé peinent à convaincre les habitants de la place.
Des causes multiples y résultent
L’accès limité à l’information médicale fiable
Dans de nombreuses zones de la place, le constat est que l’accès à l’information actualisée est limité. Les habitants se fient parfois davantage aux rumeurs locales ou aux réseaux sociaux qu’à des sources médicales fiables. Cette désinformation alimente la méfiance envers les campagnes de vaccination.
« Dans mon quartier, on dit qu’un enfant a eu des problèmes de santé juste après le vaccin. Même s’ils disent que c’est une coïncidence, moi je me méfie. Je ne veux pas que mes enfants et petits-enfants prennent ce risque », témoigne Christophe, âgé de 60 ans, habitant de Cirhogole, un village situé dans le groupement de Mudaka à Kabare Nord. Il ajoute : « Avant, on n’avait pas besoin de tous ces vaccins. Les enfants jouaient dehors, tombaient malades et devenaient plus forts. Maintenant, on les pique pour tout et n’importe quoi. Moi je dis que ce n’est pas naturel. »
La circulation incontrôlée de fausses informations visant à influencer négativement la conception des habitants sur la circulation des seringues se taille une place dans la communauté. Certains jeunes et personnes âgées utilisant des smartphones se fient à la désinformation qu’ils partagent à leur tour sans vérification.
« Sur WhatsApp, j’ai reçu plusieurs vidéos disant que le vaccin est un moyen de contrôle, avec des puces et tout. Moi je n’y crois pas trop mais on ne sait jamais. Alors j’ai dit à ma femme de ne pas faire vacciner les enfants pour l’instant », confie un jeune nouvellement marié dans le groupement de Bugorhe.
Au sein d’un établissement scolaire dans cette contrée, une enseignante sous anonymat indique que même les enfants entendent des débats à la maison. « Certains élèves disent que leurs parents ont vu sur Facebook que les vaccins rendent stériles. C’est très difficile de lutter contre les désinformations qui circulent en boucle sur les réseaux sociaux », souligne-t-elle.
La pression communautaire et les traditions
Les agglomérations du territoire de Kabare sont souvent plus conservatrices en matière de coutumes et traditions. Certaines croyances culturelles s’opposent à la vaccination. Le regard de la communauté joue aussi un rôle. Refuser un vaccin peut être perçu comme se conformer à la norme locale.
« Dans notre foi, nous croyons que Dieu seul donne la santé et la protection. Se faire vacciner, c’est comme douter de la volonté divine et de sa capacité. J’ai grandi sans vaccin et mes enfants aussi. Pourquoi changer maintenant ? On me dit que certains vaccins contiennent d’ailleurs des produits interdits par notre croyance religieuse. Même si cela peut paraître moins réel, je préfère ne pas courir le risque de faire quelque chose qui pourrait offenser notre foi », indique M’rukomeza, chrétienne et mère de 8 enfants.
Certains notables approchés par Watoto.news affirment que, selon la tradition, les enfants sont protégés par des rituels faits à la naissance, et que ce sont ces bénédictions qui les gardent en bonne santé. Ils ajoutent que ce sont les anciens qui protègent leurs enfants. « Le vaccin, c’est quelque chose d’étranger à notre culture », soulignent-ils.
Les méfiances envers les institutions
Un sentiment de déconnexion vis-à-vis de l’État et des grandes institutions sanitaires est fréquent dans cette partie de la province du Sud-Kivu. Les décisions prises « d’en haut » sont perçues comme éloignées des réalités locales. Cette situation s’accentue aussi car la population a le sentiment d’être négligée en matière d’infrastructures de base, notamment les structures sanitaires, les engins, les outils de traitement et la présence permanente de professionnels de santé.
Cette défiance n’est pas née avec les campagnes récentes, encore moins avec les pandémies. Elle se nourrit au fil du temps, entre promesses non tenues, informations contradictoires et gestion des urgences sanitaires que la population qualifie de médiocre.
« Quand mon enfant est malade, il n’y a pas de médecin au dispensaire. Mais quand c’est pour vacciner, tout le monde se déplace. Pourquoi ? Ça cache quelque chose », indique une habitante.
Des experts qui se sont confiés à Watoto News reconnaissent que cette fracture de confiance est un enjeu majeur de santé publique.

À ce sujet, une infirmière sous anonymat vivant dans la zone affirme avoir vécu cette fracture grandissante entre les professionnels de santé et les habitants. « Ici, certains n’ont pas vu un médecin spécialiste depuis des années. Quand l’État débarque avec une campagne de vaccination express, c’est perçu comme une manipulation et non une aide », explique-t-elle. « Et nous, soignants locaux, on n’a pas les bons outils pour rassurer. » Elle évoque aussi les difficultés logistiques : peu de transports, parfois aucune pharmacie ouverte à moins de 40 minutes, et les médicaments nécessaires pour accorder les soins appropriés à la population, surtout en temps réel.
Plusieurs conséquences en découlent
Les enquêtes menées par votre média à ce sujet démontrent que les conséquences liées au rejet de la vaccination à Kabare Nord sont énormes, parfois mortelles, notamment :
- La recrudescence des maladies évitables.
- La saturation des services de santé : les centres de santé dans cette zone, souvent déjà sous-équipés, peuvent être débordés par une hausse des cas graves, ce qui ralentit la prise en charge d’autres maladies.
- Le risque accru pour les enfants : les enfants non vaccinés restent vulnérables à des maladies potentiellement mortelles ou handicapantes. Cela peut également avoir un impact à long terme sur leur développement physique et mental.
- La fragilisation de l’immunité collective : moins il y a de personnes vaccinées, plus la maladie circule facilement.
- L’impact économique : le développement du territoire peut être freiné si la population est souvent malade.
- Méfiance renforcée envers les autorités : ce rejet de la vaccination, souvent lié à une crise de confiance, peut aggraver les tensions entre les populations et les institutions.
Quelles solutions ?
Pour remédier et prévenir les multiples risques qui découlent du rejet des vaccinations, surtout chez les enfants, quelques analystes indépendants, professionnels de santé et leaders communautaires contactés par Watoto News proposent plusieurs volets :
- Une approche de santé communautaire : travailler avec les leaders locaux et relais communautaires. Les campagnes de vaccination construites avec la communauté sont souvent mieux acceptées.
- Une présence médicale renforcée et un kit nécessaire de traitements : renforcer la présence des professionnels de santé et disposer d’un stock important pour les traitements urgents en territoire de Kabare est essentiel. Les médecins de proximité et les campagnes de vaccination mobiles peuvent réduire les barrières.
- Éducation et transparence : une information claire, transparente et adaptée au niveau de compréhension du public est cruciale. L’éducation à la santé dès l’école joue aussi un rôle à long terme dans l’acceptation des vaccins, notamment chez les enfants, étant les plus vulnérables.
- Lutter contre la désinformation en ligne : les autorités doivent investir dans la veille numérique et la lutte contre les fausses informations médicales, tout en promouvant les canaux fiables et accessibles pour le public rural, sans pour autant mettre à l’écart les enfants.
- identifier les barrières et construire une communication multi-approche adaptée.
Que dit la loi ?
Même si la vaccination n’est pas nommée explicitement, elle fait clairement partie des « soins de santé préventifs et des mesures de lutte contre les maladies » prévus par l’article 24 de la CDE.
Cet article reconnaît le droit de chaque enfant à la santé. Il demande aux États de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des enfants, en particulier en leur assurant un accès aux soins médicaux, à la prévention des maladies, ainsi qu’à une alimentation et un environnement sains.
La vaccination entre directement dans ce cadre, car elle est une mesure de prévention essentielle pour protéger les enfants contre des maladies graves et parfois mortelles.
En lien avec la vaccination, l’article 24 implique que :
- Les enfants ont le droit d’être vaccinés pour être protégés.
- Les États ont le devoir d’organiser l’accès à la vaccination.
- Il faut informer les parents sur les bienfaits des vaccins pour la santé de leurs enfants.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare
