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Chaque jour, dans les rues de Bukavu, de nombreux enfants, parfois âgés de moins de 15 ans, parcourent les quartiers avec des sacs de braises sur le dos, cherchant à les vendre. Ces enfants viennent majoritairement du territoire de Kabare, situé à quelques kilomètres de la ville. Cette activité, souvent perçue comme anodine ou traditionnelle, soulève pourtant de vives préoccupations en matière de droits de l’enfant.

Selon l’article 32 de la Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1989 :
« Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social. »

Or, la vente de braises par ces enfants se fait souvent au détriment de leur éducation. Beaucoup manquent l’école ou abandonnent complètement le système scolaire pour aider à subvenir aux besoins de leur famille. Exposés aux risques de violence, d’exploitation, ou encore aux accidents de la route, ces enfants évoluent dans un environnement peu sûr, sans accompagnement ni protection adéquate.

Sifa, un enfant de 13 ans rencontré au quartier Mulambula, avenue Cirhambi, commune de Bagira, témoigne : « Chaque matin, maman me réveille afin qu’on puisse partir dans la ville de Bukavu pour aller vendre les braises. Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école par manque de frais scolaires. Je me rends à Bukavu trois fois par semaine et mon petit sac de braises, je le vends à 5 000 FC. »

Le droit à l’éducation (article 28 de la Convention relative aux droits de l’enfant) et le droit au repos et aux loisirs (article 31) sont également bafoués. En travaillant parfois du matin jusqu’au soir, ces enfants n’ont ni le temps ni les conditions nécessaires pour apprendre, jouer ou se reposer, comme tout enfant devrait pouvoir le faire.

Sostene Aksanti, coordonnateur adjoint du groupe Français plus (GF+), s’est confié à Watoto News :
« Si les réalités économiques poussent certaines familles à envoyer leurs enfants en ville pour vendre, il revient à l’État congolais, aux autorités locales et aux acteurs sociaux de mettre en place des mesures concrètes de protection : accès gratuit et obligatoire à l’école pour tous les enfants, sensibilisation des familles aux droits de l’enfant, renforcement des services sociaux dans les territoires comme Kabare pour lutter contre la pauvreté des ménages qui favorise le travail des enfants. »

La vente de braises par les enfants de Kabare à Bukavu n’est pas seulement un phénomène économique; c’est aussi une question de droits fondamentaux. Il est urgent de rappeler que chaque enfant a droit à une enfance protégée, éduquée et épanouie. La mise en œuvre effective de la Convention relative aux droits de l’enfant en RDC passe par la reconnaissance et la suppression progressive de ces formes d’exploitation économique déguisé.

Jean de Dieu Akonkwa Volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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