
Tandis que le monde célèbre la Journée mondiale de l’environnement ce 5 juin 2025, sous le thème « Combattre la pollution plastique », le territoire de Kabare, au Sud-Kivu, vibre au rythme de défis environnementaux majeurs, accentués par une situation sécuritaire instable. Dans ce territoire à la beauté naturelle exceptionnelle, les enfants sont à la fois victimes de la dégradation environnementale et porteurs d’espoir pour un avenir durable.
Un environnement en détresse
La forêt du Parc National de Kahuzi-Biega, classée patrimoine mondial de l’UNESCO, continue de subir une déforestation massive. Les coupes illégales pour le bois de chauffage, les braises et l’exploitation minière artisanale rongent peu à peu ce sanctuaire écologique, abritant des espèces rares comme le gorille de montagne.
« Nous assistons impuissamment à la disparition de notre patrimoine mondial, le PNKB. Chaque jour, des hectares de forêts sont détruits. C’est une perte,… et les générations futures ne nous pardonneront pas! », déplore un écologiste local.
Les enfants, ces oubliés des politiques environnementales
Pourtant, ce sont les enfants qui paient souvent le plus lourd tribut de cette crise. À Cirunga, des dizaines de jeunes garçons travaillent dans des carrières de pierres, sans protection, exposés à des risques sanitaires et à l’abandon scolaire. À Luhihi, des enfants sont employés dans l’extraction artisanale de l’or, dans des conditions proches de l’esclavage.
« C’est inacceptable. Comment peut-on rêver d’un avenir durable quand les enfants qui devraient être à l’école brisent des pierres ou creusent la terre dans des conditions inhumaines ? Pire encore, nous assistons à la pollution massive du lac Kivu par des bouteilles plastiques, des sachets, des canettes jetées sans contrôle. Cela menace la biodiversité aquatique et la santé des riverains », s’indigne Maître Innocent Nyakura, défenseur de l’environnement et des droits humains à Kabare.
Des graines d’espoir : impliquer les enfants autrement
Malgré ce tableau sombre, des initiatives locales émergent pour impliquer les enfants dans la protection de l’environnement. L’AEDD, en collaboration avec des écoles primaires et secondaires de Kabare, mène des activités de reboisement, de sensibilisation dans les milieux scolaires et des clubs verts où les jeunes sont formés à l’écocitoyenneté.
« À l’occasion de cette Journée mondiale de l’environnement, je tiens à rappeler que nous ne pouvons pas nous arrêter aux seules écoles. Les enfants doivent être impliqués aussi dans les familles, les quartiers, les communautés. L’environnement ne se protège pas seulement en salle de classe, il se défend sur le terrain, dans nos gestes quotidiens », déclare Bienfait Mucindi, chargé de projet en éducation environnementale à l’Action pour l’Environnement et le Développement Durable (AEDD).
Dans le cadre de la campagne mondiale contre la pollution plastique, certaines écoles de Kabare participent également à des actions de nettoyage des cours d’eau, de collecte des déchets plastiques et de sensibilisation à la réduction des emballages jetables, impliquant directement les enfants.
« Les enfants sont les premières victimes des dérèglements écologiques, mais aussi les plus réceptifs aux solutions durables. Nous devons investir dans leur éducation environnementale pour espérer un changement à long terme. Malheureusement, l’abattage des arbres en désordre, sans plan de reboisement, et la non-implication des populations locales dans la lutte contre la dégradation de l’environnement aggravent la situation. Sans une action collective et inclusive, nos efforts resteront insuffisants », alerte Germain Basengere, chercheur au département de l’environnement au Centre de Recherche en Sciences Naturelles de Lwiro.
Un appel à la conscience collective
En ce 5 juin, le message est clair : la protection de l’environnement n’est pas qu’un combat des adultes. Les enfants de Kabare ont le droit à un environnement sain, mais ils peuvent aussi devenir les gardiens de la nature. Encore faut-il qu’on leur en donne les moyens : l’éducation, la sécurité et la dignité.
« La Journée mondiale de l’environnement ne devrait pas être une simple formalité. Elle doit nous pousser à une introspection collective. À Kabare, nous devons nous lever ensemble, communauté, autorités, parents, pour dire non à la déforestation, non à l’exploitation des enfants, non à la pollution du lac Kivu, et oui à une jeunesse actrice du changement », conclut Maître Innocent Nyakura.
Car il ne s’agit plus seulement de célébrer la nature. Il est temps de la défendre. Avec, et pour, les enfants.
Pascal Marhegane Ki-Moon, Volontaire pour les enfants et les jeunes à Watoto News
