0 5 minutes 12 mois

L’intelligence manuelle, étant la capacité à bien utiliser ses mains pour faire des choses concrètes, comme construire, créer, réparer, dessiner ou manipuler des objets, est souvent mise de côté dans les écoles d’aujourd’hui. Pourtant, c’est aussi savoir coordonner ses gestes avec ses yeux et réfléchir en même temps à ce qu’on fait. C’est une forme d’intelligence pratique qui aide à mieux comprendre le monde autour de soi en agissant.

Des experts éducatifs soulignent que la suppression de disciplines telles que la technologie en classe de 6e reflète une tendance à négliger l’éducation pratique. Pourtant, l’apprentissage manuel stimule la pensée, intègre la théorie à la pratique et offre une expérience concrète du monde matériel. Il aide également à développer l’intelligence des élèves, leur motricité, leur attention et les reconnecte à l’histoire et à l’innovation humaines.

Dans une interview accordée à Watoto News, Furaha B., psychologue de l’enfance, montre les conséquences de la négligence de l’intelligence manuelle chez les enfants.

 » ignorer le développement de l’intelligence manuelle peut entraîner des répercussions notables sur les enfants », confie elle. Elle évoque, d’un ton calme mais ferme, les difficultés de motricité fine que cela engendre : écrire, découper ou même boutonner ses vêtements peut devenir un défi. Et ces petites batailles quotidiennes affectent plus profondément qu’on ne le pense car elles grignotent la confiance en soi, nourrissent la frustration, freinent l’épanouissement, conclut la psychologue.

À ses yeux, la créativité elle-même, souvent perçue comme innée, se voit bridée lorsqu’on prive les enfants de moyens concrets d’exprimer leur pensée.

Elle insiste également sur les nombreux bénéfices que présente l’intelligence manuelle à l’école. Elle parle avec conviction de cette coordination œil-main si précieuse, de la concentration renforcée et de l’élan créatif que procurent les activités pratiques.
Pour elle, ce sont de véritables ponts entre le monde abstrait des idées et la réalité tangible. Les enfants y puisent des clés pour comprendre, mais aussi pour construire, patienter, persévérer – autant de qualités qu’aucun manuel ne peut enseigner seul.

Dans la demarche de Watoto News d’apporter plus d’éclairage sur cette question d’intelligence manuelle, l’entretien avec la psychologue Furaha a permis d’aborder la notion de pensée complexe où elle explique que lorsqu’un enfant s’engage dans une activité manuelle, il ne se contente pas de bouger les mains : il planifie, réfléchit, anticipe, s’adapte. Chaque objet qu’il fabrique devient un exercice de logique, d’analyse, d’ingéniosité.
« Il est mieux que les éducateurs et les parents comprennent que l’intelligence manuelle ne doit pas être opposée à l’intelligence théorique. Elle la complète. En offrant aux enfants des occasions de manipuler, de créer et de construire, on leur donne aussi les moyens de penser autrement, d’être plus autonomes, et d’aborder les apprentissages avec plus de sens. Réintégrer les activités pratiques à l’école, c’est investir dans une éducation plus complète, plus équilibrée, et tournée vers le développement intégral de l’enfant. »

Développer l’intelligence manuelle à l’école n’est pas une régression vers des méthodes éducatives dépassées, mais une avancée vers une éducation plus holistique et adaptée aux réalités du XXIe siècle.
A la paychologue de l’enfance de conclure qu’ en reconnectant les élèves à la matérialité du monde, nous les aidons à penser de manière plus complexe, créative et résiliente.

Louise Bibentyo

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.