
Dans les collines de Bukavu, entre les marchés poussiéreux et les maisons faites de tôles et de briques, l’enfance essaie de se frayer un chemin. Mais dans les quartiers défavorisés, grandir devient un défi quand la nourriture manque, quand le repas du jour est incertain, et que la malnutrition s’infiltre dans les corps fragiles des plus petits.
Dans les rues de Kadutu, Bagira(Mushekere) et Ciriri, on croise des enfants aux joues creuses, au ventre gonflé, à la taille trop courte pour leur âge. Derrière ces signes, une réalité : la malnutrition chronique, souvent invisible aux yeux des politiques, mais bien réelle dans les foyers.
Watoto News est allé à la rencontre de ces familles pour écouter leurs voix.
Mama Aline, mère de 4 enfants à Ciriri, raconte avec lassitude :
« Le matin, on leur donne un peu d’eau chaude. Parfois une bouillie sans rien. Le soir, si j’ai un peu d’argent, j’achète du manioc. Mais je sais que ce n’est pas suffisant. Mon dernier a trois ans, mais il ne parle pas encore. »
À Karhale, Papa Désiré, ouvrier occasionnel, décrit une spirale inquiétante :
« Quand on mange mal, les enfants tombent souvent malades. Moi je n’ai pas l’argent pour l’hôpital. On attend que ça passe. Mais parfois, ça ne passe pas. »
Dans une petite école communautaire de Cimpunda appelée « Nouvelle Alliance, une enseignante déplore un problème trop fréquent :
« Plusieurs élèves s’endorment en classe, surtout le matin. Ils n’ont rien avalé. Comment voulez-vous qu’ils apprennent ? »
Les soignants du centre de santé SOS confirment : les cas de malnutrition modérée et sévère se multiplient. Manque de protéines, carences en fer, retards de croissance. Et surtout, un déficit d’information chez les familles, qui font ce qu’elles peuvent avec très peu.
La pauvreté, le chômage des parents, l’exode rural, et les prix élevés des aliments nutritifs créent une situation explosive. Les enfants sont les premières victimes d’un système qui ne protège pas les plus vulnérables. Et pourtant, il suffirait parfois de peu : une cantine scolaire bien gérée, un programme de sensibilisation sur la nutrition, un centre de santé accessible, une aide alimentaire ciblée.
Dans ces quartiers, la débrouillardise est quotidienne, mais elle ne suffit pas à combler les assiettes vides.
Malgré tout, l’espoir persiste. Mama Chantal, vendeuse de légumes chez Mwachi dit doucement :
« Même si on n’a pas grand-chose, on ne veut pas que nos enfants restent comme ça. Il faut qu’ils vivent mieux que nous. »
Ces mots résonnent comme un appel. Un appel à agir, à investir dans l’alimentation, dans l’éducation, dans la santé. Parce qu’un enfant bien nourri aujourd’hui, c’est un adulte debout demain.
Par Alliance Birhange
