
Dans un contexte marqué par l’instabilité économique et un chômage endémique, les jeunes du Sud-Kivu refusent de céder au découragement. À travers une immersion au cœur du territoire de Kabare, Watoto News est allé à leur rencontre. Petits métiers, agriculture, petites initiatives, efforts communautaires: ces jeunes font preuve d’une ingéniosité et d’une résilience remarquables pour tracer leur propre voie. Ce reportage met en lumière leurs trajectoires, entre difficultés quotidiennes et rêves tenaces.
Le Sud-Kivu abrite une population majoritairement jeune, confrontée à un chômage chronique et à la hausse constante du coût de la vie. Malgré ce contexte difficile, de nombreux jeunes s’engagent dans des initiatives locales pour construire leur avenir. Watoto News s’est rendu dans le territoire de Kabare afin de comprendre comment ces jeunes innovent, s’adaptent et résistent.
Au cœur du Sud-Kivu, le territoire de Kabare combine marais fertiles, centres marchands et pistes poussiéreuses. Les jeunes y mènent souvent une triple journée: agriculture à l’aube, commerce à midi, services numériques en soirée. Plusieurs témoignages recueillis par Watoto News illustrent cette réalité.

Jules Kadekemo (Kavumu) exploite l’unique champ familial. Faute d’engrais chimiques, il mise sur le compost de résidus de bananiers. Il vend maïs et haricots sur l’axe Bukavu–Kavumu pour financer la saison suivante. «J’ai compris que si je ne valorise pas cette terre, personne ne le fera à ma place.»
Mapenzi Augustin (Kavumu) enseigne le matin. Dès 16 heures, il transforme sa véranda en secrétariat public, équipé de deux imprimantes et de deux ordinateurs. Il y imprime CV, attestations et dossiers scolaires ou administratifs pour les habitants du quartier. «Ce que je gagne ici complète mon maigre salaire. Mais surtout, je rends service à ma communauté.»

Cubaka Tembo (Miti) a lancé un élevage porcin grâce aux revenus d’un petit commerce. Conscient des risques, il maintient les deux activités en parallèle pour limiter les pertes potentielles. «Un cochon peut tomber malade du jour au lendemain. Le commerce, c’est ma sécurité.»
Jean de Dieu Bigabwa (Bushumba) cultive des choux dans un marais irrigué à la houe. Il rêve d’acquérir un jour une forte main-d’oeuvre pour tripler sa production, mais reste dépendant des intermédiaires qui fixent les prix des produits sur les marchés. «Je travaille dur, mais ce sont d’autres qui décident du prix de ma sueur. Ça fait mal quand on a travaillé comme ça et qu’à la fin, il n’y a pas d’argent. On vend toujours à des prix trop bas.»
Amani Birhingingwa (Bushumba) enseigne au secondaire le matin. Le soir, il cultive canne à sucre, haricots et patates douces sur une étendue considérable. «Pour moi, l’enseignement nourrit l’esprit, la terre que je cultive nourrit la famille.», résume-t-il.
Olivier Imani Ludunge (Bushwira) s’est spécialisé dans la culture maraîchère. Il cultive oignons, tomates, aubergines et piments. Il vend aux marchés de Mudaka, de Cirunga,… ou directement aux ménages. Entre juillet et août, il sèche une partie de ses récoltes pour les conserver ou les vendre plus cher. «Mon rêve, c’est gagner ma vie à travers cette agriculture, produire même quand il fait trop sec. Je veux que mes légumes soient là toute l’année.»
Les jeunes rencontrés identifient plusieurs freins à leur développement. Le plus criant reste l’accès au financement : aucun microcrédit n’est accessible sans garantie. Pour contourner cela, certains créent des tontines avec des cotisations hebdomadaires de 1 000 FC.
Éphrem Mugisho Zagabe, économiste de formation et consultant en entrepreneuriat rural, propose une feuille de route pragmatique : «Kabare dispose d’atouts: terres arables, main-d’œuvre jeune et demande locale. Pour transformer ce potentiel en revenus durables, il faut diversifier, se regrouper et se former.»
Diversifier: transformer une partie des récoltes (maïs en farine, porc en boudin) permet de réduire l’impact des variations de prix. Se regrouper: les coopératives permettent d’acheter des intrants à moindre coût et de mieux négocier les prix. Se former: même une vidéo de deux minutes sur téléphone peut doubler un rendement. «L’entrepreneuriat est un marathon. Chaque récolte, chaque porcelet, c’est une brique de savoir-faire que personne ne pourra enlever à ces jeunes entrepreneurs.»
Des formations courtes et ciblées en agriculture, élevage, gestion: avec ces leviers modestes, soutenus par l’énergie et la résilience déjà visibles sur le terrain, les efforts des jeunes peuvent s’intégrer dans une véritable chaîne de valeur locale. Si chaque jeune transforme ne serait-ce qu’un quart de sa production et vend en groupe plutôt qu’individuellement, les revenus pourraient doubler sans élargir les surfaces cultivées.
La balle est désormais dans le camp des décideurs, des bailleurs et de la communauté: investir dans ces jeunes, c’est investir dans la stabilité et la sécurité alimentaire du Sud-Kivu. Watoto News continuera à suivre leur évolution, car l’avenir économique de la province s’écrit chaque jour…
Pascal Marhegane Ki-Moon,
Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
