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Alors que les eaux de la rivière Kahuha charrient quotidiennement des déchets plastiques vers le lac Kivu, les signes d’un désastre écologique se multiplient. Face à ce constat alarmant, plusieurs jeunes de Bukavu ont initié une opération d’assainissement et de sensibilisation sur le littoral. Une action citoyenne qui révèle l’urgence d’une prise de conscience collective pour sauver notre environnement.

À mesure que la ville de Bukavu s’étend, un fléau environnemental silencieux menace gravement l’écosystème du lac Kivu. La rivière Kahuha, qui traverse plusieurs quartiers de la ville, est devenue un véritable canal d’évacuation de déchets ménagers, plastiques et organiques. Chaque jour, des quantités importantes de bouteilles plastiques, de sachets et autres détritus y sont déversées, pour finir inexorablement dans les eaux du lac.

Le constat est amer et alarmant. Le littoral du lac, jadis refuge de biodiversité, est aujourd’hui recouvert de déchets flottants. Ces bouteilles plastiques et ordures accumulées perturbent gravement l’équilibre aquatique : la qualité de l’eau se dégrade, certaines espèces disparaissent progressivement, et la chaîne alimentaire est affectée. Pire encore, les populations riveraines, qui dépendent directement du lac pour la pêche ou la consommation, subissent déjà les premières conséquences sanitaires et économiques de cette pollution.

Localement, les effets se font cruellement sentir. À Bagira, Kadutu ou encore Ibanda, les pêcheurs constatent une diminution inquiétante des prises. L’eau du lac devient impropre à l’usage domestique, tandis que les maladies liées à l’insalubrité (diarrhées, infections cutanées, etc.) se multiplient. La situation alimente également un sentiment d’abandon chez les habitants, face à l’inaction perçue des autorités et au manque de mécanismes de gestion durable des déchets.

Ce samedi 17 mai 2025, une grande activité d’assainissement et de sensibilisation a été organisée sur le littoral du lac Kivu. L’objectif était double: nettoyer une portion symbolique du rivage et éveiller les consciences quant aux dangers de la pollution plastique. Plusieurs structures locales de jeunes ont répondu à l’appel, dont Jipange Initiative Global.

Les sacs remplis de bouteilles plastiques, récupérées avec soin lors de l’assainissement, n’ont pas été abandonnés. Ils ont été entreposés dans un dépôt au bord du lac, prévu pour un usage innovant. Selon les organisateurs, ces déchets seront transformés en objets utiles comme des poubelles, des pots de fleurs ou encore des décorations artisanales. Une manière intelligente de joindre écologie et créativité, tout en inspirant d’autres initiatives de recyclage.

Cette mobilisation citoyenne a permis de collecter une quantité importante de déchets, mais surtout de renforcer le message selon lequel la protection du lac Kivu n’est plus une option, mais une urgence. Au-delà du nettoyage ponctuel, il s’agissait de poser un acte éducatif, en interpellant les jeunes, les riverains et les responsables sur leur responsabilité collective.

Car le mal est profond. Il ne s’agit plus seulement d’un problème d’hygiène ou d’esthétique urbaine, mais d’un véritable enjeu écologique, sanitaire et économique. La pollution du lac Kivu menace la santé publique, compromet l’avenir des activités de subsistance, et expose la ville de Bukavu à des crises environnementales majeures.

Face à cette réalité, il est temps d’enclencher une véritable prise de conscience collective. Les initiatives citoyennes doivent être soutenues, multipliées et intégrées dans une politique plus large de gestion durable des déchets. Il est aussi crucial d’éduquer, de sensibiliser et de responsabiliser chaque citoyen, afin que chacun comprenne que protéger le lac Kivu, c’est protéger la vie.

En somme, la sauvegarde du lac Kivu ne peut reposer sur les seules épaules d’un groupe engagé: elle exige l’implication de tous, des citoyens aux autorités. Chaque déchet abandonné est une menace pour notre avenir collectif ; chaque geste de propreté, une promesse de renouveau.

Comme l’a rappelé un participant lors de l’activité:
«Ce lac, c’est notre héritage. Le polluer, c’est condamner les générations futures.»

À noter que cette initiative a été coordonnée par SYNESA DR Congo, à travers son représentant pays, M. Daniel Cirimwami, en collaboration avec plusieurs organisations locales de jeunesse.

Fabien Bukuze

Auteur/autrice

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