
Dans la ville de Bukavu, des jeunes diplômés se heurtent à une triste réalité, malgré leurs efforts pour décrocher des opportunités internationales telles que des bourses d’études, des programmes de leadership ou des stages, la majorité reçoit des réponses négatives. Chaque refus, souvent formulé par un simple courriel, symbolise un rêve brisé et alimente un sentiment croissant de frustration.
Gervais Muderhwa, coordinateur de l’ASBL Mkaaji Mpya, engagée dans la protection de la biodiversité en RDC, estime que cette situation est exacerbée par des défis internes et externes. Il dénonce une mentalité d’attentisme chez certains jeunes et de méfiance, soulignant que beaucoup de jeunes pensent que la réussite dépend de relations ou de pratiques douteuses. Selon lui, ce qui fait défaut, ce sont des preuves tangibles d’engagement, des références solides, une bonne maîtrise de l’anglais et une capacité à travailler en réseau.
Didier Mugisho, diplômé depuis six ans, illustre cette réalité. Malgré de nombreuses candidatures à divers programmes, il n’a reçu que des refus. Chaque tentative lui demande du temps, des ressources et de l’énergie, mais les réponses restent les mêmes. Cette accumulation de rejets entame sa motivation et sa confiance en lui, le poussant à douter de la sincérité des offres et à penser qu’elles sont réservées à une élite inaccessible. Or les opportunités internationales doivent être inclusive et accessibles à tous les jeunes engagés.
Au-delà des efforts individuels, plusieurs obstacles structurels entravent l’accès aux opportunités. Parmi eux, l’absence de mentorat, une orientation académique peu adaptée, le manque d’informations fiables, les barrières linguistiques, la fracture numérique et les difficultés à obtenir certains documents administratifs dans des délais raisonnables. S’ajoutent à cela des critères de sélection rigides, souvent déconnectés des réalités locales, et des pratiques discriminatoires basées sur des considérations identitaires.
Cette situation contribue à un taux de chômage élevé parmi les jeunes diplômés à Bukavu.
Il ne s’agit pas de remettre en cause les programmes internationaux, mais de les rendre plus accessibles aux jeunes. Cela passe par un meilleur accompagnement : apprentissage, coaching, soutien psychologique et mise en réseau.
Les écoles, associations et anciens bénéficiaires ont un rôle clé à jouer.
Aux jeunes aussi de comprendre que dans leurs tentatives, l’échec ne doit pas décourager, mais être vu comme une étape vers la réussite.
Fabien Bukuze
