
La crise humanitaire et sécuritaire qui frappe la province du Sud-Kivu depuis ces trois derniers mois a fortement affecté l’économie locale, exposant de nombreux jeunes à une précarité grandissante. Dans le territoire de Kabare, et plus précisément dans le groupement de Miti, les jeunes éleveurs de porcs en paient le prix fort.
Informé de cette situation, Watoto News s’est approché de ces jeunes éleveurs.
Depuis la disparition du dreshe, un résidu de céréales issu de la fabrication de la bière, essentiel à l’alimentation porcine, les jeunes éleveurs de Miti traversent une période critique. Fourni depuis plusieurs années par la BRALIMA, cette ressource constituait une base alimentaire fiable et abordable pour leurs élevages. Cependant, en raison de l’insécurité persistante dans la région, la BRALIMA a été contrainte de suspendre ses activités à Bukavu, mettant ainsi les jeunes éleveurs en difficulté.
Aujourd’hui, n’étant plus servis pour l’alimentation des porcs, de nombreux jeunes se retrouvent sans solution durable pour faire vivre leurs activités.
L’absence de dreshe: un coup dur pour les jeunes éleveurs
L’élevage porcin était devenu, pour beaucoup de jeunes du groupement de Miti, une source de revenus stable.
Avant l’absence de dreshe, Placide Mulanga, 33 ans, détenteur de plusieurs porcs; se procurait chaque semaine de sacs de dreshe, au coût raisonnable pour nourrir ces derniers.
« Avant, grâce au dreshe fourni par la BRALIMA, j’avais tout ce qu’il me fallait pour nourrir mes porcs. C’était une ressource fiable et abordable. Mais depuis qu’il n’y en a plus, je n’ai plus accès à cette nourriture. Il est devenu très difficile de maintenir les porcs en bonne santé et de les faire grossir », explique Placide, en désignant du doigt un porc qui ne pèse même pas la moitié du poids qu’il devrait avoir à son âge.
Faute de cette alimentation, il se tourne désormais vers des solutions moins efficaces, comme le son de maïs, des restes alimentaires, des résidus de manioc,… Cependant, ces alternatives sont coûteuses et moins nutritives.
« C’est beaucoup plus cher maintenant, et parfois je suis obligé de vendre un porc trop tôt, ce qui signifie que je perds de l’argent. Si cela continue, je vais devoir abandonner. »
L’isolement des éleveurs face à un manque de soutien
À Kashusha, village voisin de Miti centre, Mugisho, 37 ans, vit une situation similaire. Il a démarré son activité porcine avec l’espoir d’offrir une meilleure vie à sa famille, mais la difficulté alimentaire a rapidement bouleversé ses plans.
« J’avais une douzaine de porcs au début de l’année, mais plusieurs sont morts de malnutrition. Maintenant, je n’en ai plus que cinq. Je les nourris avec ce que je peux trouver, mais ce n’est pas suffisant. Les porcs ne grandissent pas, et ça devient de plus en plus difficile de les entretenir.», confie Mugisho, l’air découragé.
Il évoque également un autre problème majeur : le manque de formation et d’encadrement. « Il n’y a pas de vétérinaire ici qui nous approche pour des conseils et aucune formation sur la gestion d’un élevage de porcs. On ne sait même pas comment diversifier l’alimentation. »
La situation est d’autant plus difficile pour lui qu’il ne dispose d’aucune aide technique ou financière pour surmonter la crise.
Une jeune femme dans l’adversité
Anifa, 27 ans, vit à Combo, une localité également située dans le groupement de Miti. Comme plusieurs autres jeunes du milieu, elle a choisi l’élevage porcin, un secteur traditionnellement dominé par les hommes. Toutefois, la crise qui touche ce secteur la force aujourd’hui à revoir ses ambitions.
« Avant, je me levais tôt pour récupérer le dreshe à Bukavu ou à Miti centre, mais maintenant, je suis obligée de chercher d’autres moyens pour nourrir mes porcs, notamment des fourrages,… Je les nourris avec des feuilles de manioc et d’autres restes, mais ils ne grandissent plus. L’un de mes porcs a même perdu ses petits récemment. »
Elle se dit découragée par l’absence de soutien: « On n’a aucune aide ici. Si on nous apprenait à mieux gérer l’alimentation, on pourrait éviter ces pertes. Mais pour l’instant, c’est une lutte de tous les jours.»
Un secteur agricole en déclin, un avenir incertain pour la jeunesse
Les témoignages de Placide, Mugisho et Anifa soulignent la fragilité de l’élevage porcin dans le groupement de Miti. Bien que l’activité ait longtemps été un moyen pour les jeunes de subvenir à leurs besoins, l’absence de dreshe a mis en lumière les lacunes dans l’accompagnement de ce secteur.
Les autorités locales n’ont pour l’instant proposé aucune solution pour compenser la perte de cette ressource vitale ni pour soutenir les éleveurs locaux. « Nous avons besoin d’aide, de formation et d’accès à de nouveaux types de nourriture pour nos animaux, mais aussi de structures qui nous accompagnent dans notre travail. Sans cela, nous risquons de tout perdre.», déclare Placide.
Le manque de soutien, la hausse des coûts d’alimentation animale et l’absence de formations adaptées exposent une jeunesse pleine de potentiel à un avenir incertain.
Un appel à l’action pour sauver l’élevage des porcs à Miti
Il est urgent que des solutions concrètes soient mises en place, telles que des formations adaptées, l’accès à des alternatives alimentaires et un accompagnement technique pour ces jeunes. Si rien n’est fait, cette activité essentielle pourrait disparaître, laissant une génération entière face à un avenir incertain.
Pascal Marhegane Ki-Moon,
Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
