
Dans la province du Sud-Kivu, les signaux de détresse écologique sont alarmants: érosions dévastatrices à Bukavu, pollution croissante du lac Kivu, feux de brousse incontrôlés, abattage massif d’arbres sans reboisement, carrières de pierres exploitées sans normes. À Kabare comme ailleurs, la pression sur l’environnement atteint un niveau critique.
Face à cette situation, la jeunesse est de plus en plus pointée du doigt. Actrice importante du tissu social, elle se retrouve aussi au cœur de nombreuses pratiques qui accélèrent la dégradation de l’environnement.

Maître Innocent Nyakura, coordonnateur adjoint du Mouvement Laisser Kabare Vivre (MLKAV) et défenseur actif de l’environnement, a lancé un appel vibrant lors d’un entretien avec Watoto News. Il s’est dit profondément inquiet du rôle joué par une partie de la jeunesse dans cette destruction progressive.
«Regardez l’état de notre Parc National de Kahuzi-Biega: des hectares rasés, des espèces menacées… Et ce sont souvent des jeunes qui sont à la manœuvre. Ils coupent les arbres avec ardeur, jettent les bouteilles plastiques dans les rivières, détruisent l’environnement sans se soucier des conséquences. Il faut le dire: la jeunesse participe activement à cette crise environnemenale. Mais elle peut aussi en devenir la solution.»
Des enquêtes menées par des organisations locales confirment ce constat. La majorité des actes de pollution et de destruction: feux de brousse, rejets de déchets, coupe de bois,… sont commis en majorité par des jeunes, souvent mal informés ou mus par des besoins économiques urgents. Même les carrières artisanales emploient de nombreux mineurs, exposés à de graves risques.

Pourtant, certains jeunes commencent à prendre conscience de leur rôle. Patrick, étudiant en agronomie, reconnaît la responsabilité de sa génération:
« On ne peut plus se cacher. Nous contribuons à cette dégradation. Voilà que nos sols ne produisent même plus ! Mais c’est à nous aussi de corriger cela, de planter les arbres, car ça permettra de protéger nos sols. Donc nous devons changer les mentalités.»
Maître Nyakura en appelle aux organisations locales, aux établissements scolaires et religieux, pour renforcer la sensibilisation et développer des initiatives concrètes: reboisement, gestion des déchets, protection des zones sensibles.
L’heure est grave. Mais il reste une chance: si elle est aujourd’hui pointée du doigt, la jeunesse peut demain devenir le moteur du changement.
Pascal Marhegane Ki-Moon (PMK), Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
