
Au-delà du simple rire qu’elle suscite, la comédie constitue une arme décisive : elle se dresse en défense et redonne espoir aux populations les plus vulnérables, notamment dans l’Est du pays, où l’insécurité alimente une psychose persistante. En favorisant l’unité nationale, la cohésion sociale et la sensibilisation, l’humour fédère. Par des spectacles engagés, il aborde des enjeux majeurs tels que la crise humanitaire, rassemble les communautés et ouvre des pistes de solutions.
Approchés par Watoto News, plusieurs jeunes de Kabare-Nord expliquent qu’ils s’appuient sur l’humour pour sensibiliser la population au changement comportement et pour s’autoguérir des blessures et apporter la bonne humeur chez les autres.
Parmi eux, Alain Rushenge, alias Grand Dragon, comédien actif dans le territoire de Kabare et coordonnateur du groupe comique Dragon. Il confie à notre média que la scène l’aide à surmonter les blessures d’une enfance douloureuse : il se réjouit de « refonder l’espoir » en offrant un sourire salvateur à celles et ceux qui, comme lui, portent un passé lourd.

Interview
Watoto News : Alain Rushenge, bonjour.
Alain : Bonjour.
Watoto News : On vous surnomme Grand Dragon dans le milieu comique. Pourquoi ce surnom ?
Alain : Comme vous le savez, le dragon peut à la fois voler et cracher du feu : il symbolise la liberté. J’ai adopté ce pseudonyme parce que mes prestations tournent autour de la dépendance, un défi majeur à relever dans notre pays malgré de nombreux efforts. Je pousse donc les jeunes à poursuivre l’autonomisation, seule voie vers la liberté.
Watoto News : Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer dans l’humour ?
Alain : Mon enfance a été très douloureuse ; j’étais replié sur moi-même, confronté à diverses formes d’abus et d’agression. J’ai contracté une grave maladie cardiaque qui exigeait de rester constamment de bonne humeur, ce qui m’était étranger. Pour m’en sortir, je me suis tourné vers la comédie. Aujourd’hui, j’en suis fier : elle m’a révélé à moi-même et m’a permis de contribuer à l’épanouissement de ma communauté.
Watoto News : Vous suivez de près l’évolution de l’humour dans votre région. Quel regard critique portez-vous sur ce secteur à Kabare ?
Alain : La comédie est un art en pleine expansion ici. Les résultats positifs sont tangibles. Pourtant, les comédiens affrontent encore préjugés et difficultés financières qui freinent leur progression. Pour surpasser ces défis, il est impératif de rester concentrés sur notre travail ; les meilleurs en ressortiront, y compris sur le plan financier.
Watoto News : En quoi la comédie se distingue-t-elle des autres arts ?
Alain : L’humour réunit les gens, quels que soient leur rang social, leur appartenance ou leurs croyances religieuses. Au contraire, certaines disciplines, cinéma ou musique, peuvent diviser, par exemple lorsque des chrétiens se détournent de musiques profanes, et inversement.
Watoto News : Pour conclure, quel message adressez-vous à celles et ceux qui vous lisent ?

Alain : Les problèmes de la vie ne disparaîtront pas en riant une seule fois ; pourtant, le temps consacré au rire ouvre un espace pour réfléchir et réparer ce qui cloche. Il est donc essentiel de rire, quelles que soient la gravité des circonstances.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes
