
Dans la province du Sud-Kivu, particulièrement en territoire de Kabare, la crise humanitaire accentue la vulnérabilité des familles et affaiblit les liens sociaux. Les enfants, en première ligne de cette instabilité, subissent de plein fouet les effets des déplacements, de la pauvreté et de la déscolarisation. Privés de repères stables, nombreux sont ceux qui vivent dans un isolement silencieux, marqués par des traumatismes profonds.
Au vu de cette situation Watoto News ouvre la réflexion sur les mécanismes communautaires pouvant renforcer la protection des enfants en contexte de crise.
Si des organisations humanitaires apportent un soutien ponctuel, un levier essentiel reste souvent négligé: le rôle des aînés et des leaders communautaires.
Présents au quotidien dans les villages, ces figures de sagesse détentrices des savoirs traditionnels jouent un rôle fondamental dans la transmission des valeurs, la réassurance affective et la reconstruction du lien social. Leur proximité avec les enfants, leur expérience et leur capacité d’écoute peuvent devenir des outils puissants dans l’accompagnement psychosocial.
À Bushumba, en territoire de Kabare, Lushombo, enseignant dans une école primaire, décrit une réalité préoccupante:
« Beaucoup d’enfants sont fermés, absents en classe. Certains ont tout perdu. Quand un vieux du village s’assoit avec eux, leur parle de leur histoire, de leur culture, on voit un changement. C’est un retour à une forme de sécurité. Soutenir les enfants, c’est d’abord recréer leur monde avec les outils qu’ils comprennent.»
Dans plusieurs localités de Kabare, aucune structure d’accompagnement spécifique pour les enfants affectés par la crise humanitaire n’a encore vu le jour. Le constat est alarmant, et les acteurs locaux s’en inquiètent.
Rodrigue Munguakonkwa, leader communautaire engagé en territoire de Kabare, tire la sonnette d’alarme:
« Nous vivons avec ces enfants. Nous voyons leur silence, leur peur, leur colère parfois. En tant que leaders, nous ne pouvons pas rester indifférents. L’enfant d’aujourd’hui, c’est le citoyen de demain. Si on ne lui tend pas la main maintenant, on compromet tout un avenir. Les aînés peuvent être ces figures d’écoute et de stabilité que les enfants recherchent. Mais il nous manque des cadres, des formations, un accompagnement pour faire les choses bien. Nous sommes prêts à agir, mais il faut que les partenaires nous fassent confiance et nous appuient. »
Un habitant de Miti renchérit:
« Nous n’avons pas d’argent ni de grandes structures, mais nous avons nos paroles, nos histoires, nos oreilles. Quand un enfant peut parler à un aîné, c’est déjà un pas vers la guérison. »
En période de grande fragilité, appuyer la création d’espaces d’écoute, de dialogue intergénérationnel et de liens communautaires peut contribuer à restaurer une forme de stabilité émotionnelle chez les enfants. Les aînés et les leaders locaux ne demandent qu’à être outillés pour jouer pleinement ce rôle.
Dans un Sud-Kivu en crise, ils peuvent devenir les piliers d’une résilience collective. Il est temps de reconnaître leur potentiel et de leur faire confiance.
Pascal Marhegane Ki-Moon (PMK), Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
