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Dans les quartiers de Bukavu, nombreux sont les jeunes qui, dès la sortie des cours, se lancent dans des activités génératrices de revenus : vente de cartes de recharge, coiffure mobile, lavage de motos… Une forme d’ingéniosité dans un contexte économique difficile. Mais cet argent, souvent gagné avec effort, disparaît aussi vite qu’il est obtenu, englouti dans des dépenses impulsives : snacks, vêtements à la mode, téléphones ou abonnements Internet.

Et pourtant, aucun adulte ne les accompagne, aucune école ne les outille. Gagner de l’argent ne suffit pas : encore faut-il savoir le gérer. Cette lacune criante traduit une urgence éducative : celle de préparer les jeunes à comprendre la valeur de l’argent, à le gérer avec responsabilité et à résister aux pièges d’une société fondée sur l’apparence et la consommation effrénée.

En République démocratique du Congo, l’éducation financière est quasi absente des programmes scolaires. Les élèves apprennent les mathématiques, parfois des notions d’économie, mais très peu savent établir un budget, distinguer un besoin d’un désir ou planifier une épargne. Résultat : une jeunesse vulnérable, exposée aux illusions des réseaux sociaux, aux prêts informels sans conscience des conséquences et aux paris en ligne.

Cédric, 17 ans, élève en 5e secondaire, témoigne de cette réalité : « J’ai perdu plusieurs fois de l’argent dans des paris sportifs en ligne. Je voulais juste multiplier ce que j’avais. Mes amis m’ont dit que c’est facile. Mais à la fin, j’ai tout perdu. Je n’en ai même pas parlé à mes parents, j’avais honte. » Comme lui, beaucoup cherchent des solutions rapides, faute d’avoir appris à faire fructifier honnêtement leurs petits revenus.

Josiane Mulumba, professeure d’économie sociale, est formelle : « L’éducation financière, c’est une éducation à la responsabilité. Les jeunes reçoivent parfois de l’argent de leurs parents, mais sans aucune formation, ils dépensent tout sur le coup. Et plus tard, devenus adultes, ils répètent les mêmes erreurs. »

L’éducation financière ne se limite pas à épargner. Elle forme à la patience, à la planification et à la prise de décision. C’est un apprentissage des choix raisonnés face à un monde où les tentations sont nombreuses et la pression sociale constante. Dans les familles, le sujet de l’argent reste souvent tabou. Pourtant, discuter ouvertement des finances à la maison, impliquer les enfants dans certaines décisions quotidiennes et leur montrer qu’il est possible de vivre dignement avec peu sont des gestes essentiels.

Quelques écoles soutenues par des ONG locales montrent le chemin. À travers des clubs d’épargne scolaire, les élèves apprennent à fixer des objectifs, tenir un carnet de dépenses et lancer des mini-projets rentables comme la fabrication de savon ou la culture de légumes. Ces expériences, bien que limitées, prouvent que les jeunes sont prêts à apprendre dès qu’on leur en donne les moyens.

Investir dans l’éducation financière est un investissement dans une génération plus autonome et plus équilibrée, capable de bâtir un avenir sur des bases solides. Car le vrai pouvoir ne réside pas dans la possession mais dans la gestion. Un jeune qui comprend la valeur de l’argent est un jeune plus libre, plus confiant et mieux préparé à affronter les défis économiques du futur.

Louise Bibentyo, volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu

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