
De nombreux enfants sont confrontés à des situations alarmantes au sein de leur famille. Souffrant de violences physiques, verbales ou de négligence, ils sont souvent témoins de scènes tragiques entre leurs parents avec des répercussions sur eux même.
Cette souffrance, souvent cachée entre quatre mur, est désignée sous le terme de violence domestique. Bien que silencieuse, elle inflige des blessures profondes, tant sur le plan physique qu’émotionnel chez les enfants victimes.

Watoto News dans sa mission éducative et de promotion des droits de l’enfant a enquêté sur cette question pour comprendre le supplice qu’endure les enfants victimes de violence à domicile.
Parents violents, enfants brisés dans le silence
En commune d’Ibanda, Watoto News a rencontré l’enfant Marie B, âgée de 10ans .
Alors qu’à première vue là où elle habite semble être une maison ordinaire dans un quartier paisible au centre ville, la réalité est bien plus sombre dans la manière dont la petite fille subit la rigueur des parents.
« Quand je casse un verre sans faire exprès, maman crie. Elle me tape avec une ceinture, parfois sur tout le corps. Elle dit que c’est pour m’éduquer. » confie Marie avec émotion.
À comprendre son histoire, dans cette maison, l’amour est remplacé par la peur.
Les erreurs d’un enfant sont punies comme des crimes graves. L’enfant de part sa position en famille ne dit rien, il encaisse, intériorise.
En commune de Kadutu, Watoto News découvre un autre cas différent. Malik, âgé de 13 ans, vit une violence psychologique qui peu à peu lui fait perdre l’estime de soi.
« Mon père me traite de raté, de bon à rien. Il dit que je ne réussirai jamais. Il me gifle souvent et me laisse seul dans une pièce sans manger, parfois toute la nuit. », confie ce jeune adolescent qui peine à soutenir le regard du reporter de Watoto News.
À la rencontre du père de Malik pour tenter de comprendre ce traitement pour un enfant visiblement calme et poli, la réponse est lapidaire et sans appel.
» C’est mon enfant. Je suis un peu sévère avec lui pour son bien. Je dois eduquer mes enfants », martelle le Père.
Mais pour Malik, cette forme de sévérité est une source constante de mépris et d’angoisse.
» Chaque jour la fin des cours est pour moi un moment d’angoisse. Je me dit à la maison, on va encore tonner sur moi » ajoute-t- il dans un soupir.
Oui, la maison n’est plus bienveillante pour ce jeune, une vraie prison même, surtout que l’année passe, Malik a repris sa classe.
La violence comme méthode pour éduquer
Ces cas ne sont pas les seuls à Bukavu . Bien d’enfants vivent cette souffrance silencieuse dans leurs foyers où la violence est encore perçue comme une méthode éducative acceptable.
Beaucoup d’enfants n’osent pas s’exprimer par peur ou honte, tandis que les adultes autour d’eux ferment souvent les yeux sur les signes évidents d’abus de la part soit d’un parent ou des deux parents, le pire quand l’enfant est orphelin et vit dans sa famille élargie ou chez un tiers.

Brisés par ceux qui donnent la vie
Dans l’entendement général, l’enfant doit être protégé des dangers extérieurs, alors qu’ici, c’est à l’intérieur de son toit familial que l’enfant vit son enfer sur terre.
Watoto News a reçu plusieurs témoignages des enseignants évoquant des enfants dont ils constatent des traces physiques des traitements dégradants sans que ces enfants n’avouent vraiment la source des brûlures, des plaies sur leurs corps ou des traces des bâtons.
La peur les empêchent d’en dire plus. La plupart d’élèves ont peur même de rentrer chez eux. À l’école, ils sont agités, facilement irritable. D’autres mélancoliques et très distant des autres, c’est à se demander même s’ils suivent vraiment les cours en classe.

Des victimes à nuit clos
Ce problème inquiète tellement que Watoto News a approché madame Mwana Bacikudere, psychologue et préfet du complexe Scolaire Akobi, dans la commune d’ibanda. Comme responsable d’école, elle confirme qu’il y a éffectivement beaucoup d’enfants à Bukavu qui vivent la violence chez eux. Mais comme cela se fait dans le cadre familial, personne le voit, bien qu’il y a des signes qui peuvent alertent dans le comportement et attitudes d’un enfant victime.
Comme psychologue, elle poursuit que les enfants n’en parlent pas, par peur ou parce qu’ils croient que c’est normal. Mais cette question devrait alerter tout le monde.
« les conséquences des violences à domicile sont graves. Il y a entre autre la perte de confiance en soi, les troubles du comportement, les échecs scolaires, les troubles psychologiques. Ce sont des blessures invisibles qui durent longtemps et qui détruisent les enfants même plus tard pendant leur vie d’adultes.

La collaboration école-parents, un atout
Les parents qui font cette violence doivent cesser », précise la psychologue Mwana.
Selon lui, agir est possible : écouter les enfants et veuiller à ce que chaque école ait un psychologue qui suit les élèves. Former egalement les enseignants à reconnaître les signes de violence et transmettre le cas à ce psychologue. Sensibiliser les familles et envisager des visites chez les parents dont les cas deviennent repetitifs ; et renforcer les services de protection de l’enfance.
« Il ne suffit pas de dire qu’on aime les enfants, il faut les protéger concrètement car la violence domestique est source aussi des échecs scolaire », conclut- elle .
Pour lui protéger un enfant, c’est lui redonner sa place dans la maison afin qu’il se sente aimer, écouter, respecter.
Un appel à l’action pour sauver des vies
Les enfants ont droit à une vie en sécurité, remplie d’amour et de respect. Aucun enfant ne devrait avoir peur dans sa propre maison.
Le réseau des journalistes amis de l’enfant invite chaque membre de famille, quel que soit sa position ; et même les voisins à contribuer à briser le cycle des abus dont certains enfants sont victimes dans leurs propres maisons par la dénonciation ou la médiation.
Le bonheur de ces enfants, leur équilibre, et leur avenir en dépendent.
Louise Bibentyo
