0 8 minutes 1 an

Dans les artères bruyantes de Bukavu, entre les klaxons des voitures et les cris des vendeurs ambulants, une autre réalité attire l’attention, celle des enfants qui dorment sous les auvents des boutiques, mendient à la sortie des supermarchés ou lavent les vitres des véhicules pour quelques francs congolais.
Ces enfants, qu’on appelle souvent « enfants en rupture familiale » ou « enfants en situation de rue  » ou abusivement  » enfants de la rue », forment une population croissante dans la capitale du Sud-Kivu. Watoto News s’est penché sur les causes de ce phénomène.

Face à la pauvreté : fuir pour survivre!

La pauvreté reste la première cause qui pousse les enfants dans la rue. À Bukavu, un pourcent important de la population vit dans la débrouillardise. Dans ce contexte, certains foyers à faibles revenus n’ont pas les moyens de nourrir ou scolariser tous leurs enfants. Certains conscients de cette vie de misère décident de quitter le toit familial sans destination précise.
« À la maison, on ne mangeait pas tous les jours. Mon père n’a plus de travail depuis le COVID, et ma mère vend des légumes. On était sept à dormir dans une seule pièce. J’ai décidé de venir au centre-ville pour chercher de quoi manger. J’aide les chauffeurs au parking pour avoir un peu d’argent », confie à Watoto News, Joëlle, une fille âgée de 13 ans, le regard à la fois vif et fatigué.
A voix basse, Joëlle ajoute que depuis trois ans elle ne va plus à l’école et dort désormais sous un pont près de Nyawera avec d’autres enfants. Un avenir incertain !

Violences familiales : l’autre prison

D’autres enfants abordés dans la rue par Watoto News, révèlent des réalités qu’ils ont eu du mal à supporter : les violences familiales. Derrière les murs de certaines maisons, se cachent des histoires de coups, d’humiliations, d’insultes ou d’abus sexuels contre les enfants dans une totale impuissance. De nombreux enfants qui vivent dans la rue affirment avoir fui un environnement violent chez une marâtre ou parâtre, ou encore dans des familles élargies ou d’accueil après avoir perdu leurs parents biologiques. Sur avenue Patrice-Emery Lumumba, Watoto News a croisé Florence, une fille de 12 ans en rupture familiale. Elle affirme que la nouvelle femme de son père la frappait tous les jours. Avec le temps c’était devenu insupportable.

« Quand maman est morte, papa s’est remarié. Elle ne m’aimait pas. Je devais tout faire dans la maison, et elle m’appelait ‘la sorcière’. Un jour, elle m’a blessée avec une louche en métal. Je suis partie. Depuis, je dors avec mes amies au marché de Kadutu. Et la journée nous faisons de notre mieux pour trouver à manger. « 

Faire de son mieux dans le contexte d’une jeune fille dans la rue peut s’avérer dangereux, seulement Florence et ses amies n’ont plus de choix. Un avenir compromis !

Orphelin rejeté : La rue devient la seule issue.

Une autre catégorie rencontrée des enfants en situation de rue sont des orphelins victimes des conflits armés, des violences communautaires, ou encore des maladies chroniques comme le VIH/SIDA, ou des accidents domestiques, qui ont emporté les parents de beaucoup d’enfants. Dans une société où la solidarité communautaire s’effrite, ces orphelins sont souvent laissés à eux-mêmes.
Cédric, un garçon de 15 ans, déclare à Watoto News avoir perdu ses deux parents pendant l’épidémie d’Ebola en 2019.
« J’ai été envoyé chez un oncle à Bagira. Il me faisait travailler dans son champ sans jamais m’envoyer à l’école. Il me traitait comme un esclave. J’ai préféré m’enfuir. Maintenant, je vis n’importe où tant que la nuit je peux trouver le sommeil. La vie n’est pas facile, mais j’ai au moins rencontré des gens qui me ressemblent et m’acceptent tel que je suis. « 


En compagnie de Cédric, d’autres enfants affirment avoir été également rejetés par leurs familles élargies trop pauvres ; et dans certains cas familles nanties mais simplement indifférentes à ce qui arrive à leurs cousins, nièces ou petits- fils.

Pas d’accès à l’éducation et à la protection sociale

Un trait commun qui se dégage dans ce tableau, ce que tous ces enfants en situation des rues ne vont pas à l’école. Certains vivent partiellement dans la rue et rentrent dormir chez eux quand il fait nuit, mais d’autres passent leurs journées et nuits dans la rue affrontant les intempéries.
Watoto News estime que Beaucoup reste à faire car le système de protection sociale, encore très faible, n’offre que peu de solutions : quelques centres d’accueil débordés, des ONG sous-financées et des politiques gouvernementales insuffisamment appliquées pour encadrés efficacement cette catégorie des enfants vulnérables.

Des enfants blessés, mais encore pleins d’espoir

Ce phénomène des enfants en situation de rue à Bukavu est un drame silencieux et croissant. Il est le reflet d’une société en crise, où les plus jeunes sont les premières victimes. Pourtant la convention relative aux Droits de l’enfant en son article 20 stipule que « Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial, ou qui dans son propre intérêt ne peut être laissé dans ce milieu, a droit à une protection et une aide spéciale de l’État ». A Bukavu et dans le Sud-Kivu, il s’agit des enfants abandonnés à eux même et qui s’exposent à tout danger juste pour survivre.
Malgré leurs souffrances, beaucoup de ces enfants rêvent encore. Ils veulent retourner à l’école, retrouver une famille aimante ou apprendre un métier. Ils veulent être vus, écoutés, respectés.
Mireille, 11 ans, qui vend de l’eau en sachet sur l’avenue Industrielle a déclaré à Watoto News : « Je voudrais être couturière plus tard. J’aime faire des vêtements. Mais pour l’instant, je dois aider mes petits frères à manger. Alors je fais des petits boulots dans la rue avec l’espoir qu’un jour je réaliserai mon rêve de coudre les habits et habiller ceux et celles qui aujourd’hui me considère dans la rue comme une parasite. »
Lutter contre « le phénomène enfant de la rue » nécessite de s’attaquer aux causes à travers une réponse multisectorielle : économique, éducative, sociale et surtout humaine. Donner à ces enfants plus que de la compassion : une vraie chance de reconstruire leur vie. Car aucun enfant ne choisit de naître pour grandir dans la rue.

Kweli Birindwa, Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud Kivu

Auteur/autrice

Laisser un commentaire : Que pensez-vous de cet article ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.