
À Kabare, dans la province du Sud-Kivu, l’alcool artisanal gagne du terrain parmi les jeunes. Sans emploi, sans école, sans repère, beaucoup se réfugient dans la consommation de boissons fortes, bon marché et non contrôlées. Une situation qui met en péril l’avenir des jeunes.
Des jeunes qui commencent la journée avec de l’alcool
Dans les rues de Miti, Mudaka, Kavumu ou Katana, la scène est devenue banale : des adolescents, parfois très jeunes, boivent dès le matin a constaté un correspondant de Watoto News. À Muganzo ou Mulengeza, dans les coins reculés du groupement de Bushumba, la situation est la même.
« Mon fils de 17 ans ne va plus à l’école. Chaque matin, il prend une bouteille d’alcool local au lieu d’aller aux champs ou chercher du travail », témoigne une mère de famille à Miti Centre.

L’alcool local prend la place des bières industrielles
Depuis la rareté des produits BRALIMA sur le marché, comme la bière Primus, beaucoup de jeunes se tournent vers des boissons artisanales : mumberge, sapilo, kaleoleo, kahogojo, etc. Ces produits sont puissants, moins chers, et souvent fabriqués sans respect des règles d’hygiène ou de dosage.
Arnold Kuderhwa, 22 ans, diplômé mais sans emploi, vit à Kavumu :
« Je bois pour oublier. Il n’y a pas de travail ici. La vie est dure. Ces boissons sont les seules choses accessibles. Moi comme beaucoup d’autres, on boit pour se sentir vivants, même si on sait que ça nous détruit. »

Une urgence sanitaire et psychologique
Le docteur Pascal Kashola, médecin à l’Hôpital Général de Référence de Miti, est formel :
« Nous recevons presque chaque semaine des jeunes en état d’intoxication sévère. Certains arrivent inconscients, d’autres développent déjà des maladies du foie comme la cirrhose avant 20 ans. Ces boissons sont souvent faites avec des produits chimiques ou des ingrédients mal fermentés. C’est une vraie bombe à retardement. Ce n’est pas juste un problème social, c’est une crise de santé publique. Beaucoup de familles ne réalisent pas la gravité de ce que vivent leurs enfants. »
Il ajoute :
« Il faut agir à tous les niveaux. Prévenir, sensibiliser, encadrer. Les hôpitaux ne pourront pas continuer à réparer seuls les dégâts. »
Du côté psychologique, l’analyse est tout aussi préoccupante :
« Beaucoup de jeunes se sentent oubliés, exclus, inutiles. L’alcool devient pour eux un refuge contre la douleur, l’ennui, le rejet. Ce comportement cache un mal-être profond. Ce n’est pas avec la répression qu’on changera les choses, mais en offrant aux jeunes des raisons d’espérer, des espaces pour s’exprimer et des alternatives concrètes. » déclare un psychologue.
Pas de normes claires, pas de contrôle
Dans plusieurs coins de Kabare, les débits de boissons se multiplient, parfois à quelques mètres des écoles ou des lieux publics.
Un chef de village à Bugorhe explique :
« Il n’y a pas de règles sur la vente de ces boissons. Elles sont vendues librement, même à des mineurs. Les jeunes n’ont rien d’autre à faire, alors ils boivent. Et ces produits sont parfois plus faciles à trouver que de l’eau potable. »
Des appels à l’aide pour sauver la jeunesse
Face à l’ampleur du phénomène, des organisations locales comme le Conseil Territorial de la Jeunesse de Kabare appellent à l’action. Blaise Murhula Kalimbiro, président Territorial de la jeunesse, déclare :
« Si nous ne faisons rien, nous perdrons une génération entière. Il faut lancer des campagnes de sensibilisation dans les écoles, dans les médias , créer des centres d’activités, et mieux contrôler la fabrication et la vente de ces boissons. Il est temps de transformer l’énergie de ces jeunes en force positive pour Kabare. »
Prendre les boissons alcoolisées de façon modérée n’est pas en soit un problème, mais tomber dans l’alcoolisme incontrôlé comporte des risques qui compromettent l’avenir de la jeunesse.
À chaque jeune de prendre la meilleure décision qui conditionne son avenir pour que la sommation des efforts individuels positifs sur cette question réduise le mal déjà ancré dans le quotidien de beaucoup de jeunes de Kabare. Des choix éclairés et la modération en tout doivent être de mise.
Pascal Marhegane Ki-Moon (PMK), volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare
