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Dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu, une situation alarmante interpelle les consciences : les rapports sexuels entre adultes et adolescentes moyennant argent. Dans plusieurs agglomérations comme Katana, Kavumu, Miti, Mudaka, Birava, … Ce phénomène prend de l’ampleur. De nombreuses jeunes filles, parmi elles des mineures, s’adonnent à la prostitution pour la survie de leur famille. Une réalité qui se passe souvent avec le laissez-faire des parents qui préfèrent ne rien dire tant que l’enfant revient avec de quoi manger à la maison alors qu’elle n’a pas d’emploi.

Une montée inhabituelle de la prostitution d’ados

Ces derniers jours, le phénomène s’accroît à une vitesse considérable. De nombreuses filles, dont l’âge varie entre 16 et 24 ans, n’ont plus la honte de passer des journées dans des débits de boissons avec des hommes âgés, dont la plupart sont mariés. Pourtant, l’article 34 de la convention relative aux droits de l’enfant (CDE) protège l’enfant contre toutes formes d’exploitation sexuelle et violences sexuelles. Les adultes consomment la sexualité en toute impunité avec des mineures. Pourtant cet acte, considéré comme du viol dans l’esprit de la loi portant protection de l’enfant en RDC, est puni de 7 ans d’emprisonnement pour l’adulte reconnu coupable, selon l’article 170 de cette loi.

Une situation connue mais tolérée

Selon plusieurs témoignages recueillis par Watoto News, cette pratique serait en grande partie liée à la crise multidimensionnelle que traverse la région : pauvreté grandissante, insécurité persistante, manque d’opportunités économiques et surtout l’ignorance des sanctions.

« Pour beaucoup de ces jeunes filles, se prostituer devient un dernier recours pour survivre ou subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles », confie un habitant de Miti.

« Quand on n’a rien à manger et qu’on vit dans la peur constante, on prend ce qu’on peut pour survivre. Mais à quel prix ? », conclut-il.

C’est donc pour la plupart des cas une situation connue par au moins un des parents de la fille mais il préfère laisser faire pour que l’assiette vide soit remplie.

Ignorance des conséquences à long et court terme

Des acteurs du secteur sanitaire contactés évoquent également les risques élevés de maladies sexuellement transmissibles comme le VIH/SIDA, mais aussi les violences et les traumatismes psychologiques auxquels sont exposées ces adolescentes livrées à elles-mêmes. La crainte des contaminations volontaires des maladies n’est pas exclue pour un adulte sadique. Il sied de rappeler que l’article 177 de la loi portant protection de l’enfant stipule que quiconque contamine délibérément un enfant d’une infection sexuellement transmissible incurable, notamment le VIH/SIDA sera emprisonné à vie.

La recherche effrénée de l’argent pousse certaines adolescentes à vivre des expériences sexuelles destructrices pour leur estime personnelle lorsqu’elles tombent sur des partenaires sadiques. Dans la plupart des cas, elles finissent avec une grossesse non désirée qui change complètement le cours de leur vie.

Nécessité de protéger la victime adolescente

Face à cette réalité, les acteurs sociaux et sanitaires appellent à des interventions urgentes pour diminuer ces pratiques et mettre les jeunes mineures à l’abri d’abus et toutes les autres formes de violence.

«À Kabare, il est donc impératif de renforcer les sanctions contre les auteurs d’actes de viol et d’incitation à la débauche chez les enfants et adolescentes tout en restaurant la sécurité pour redonner espoir à toute une jeunesse en quête de repères», a déclaré à Watoto News un agent sanitaire du Centre Hospitalier de Kavumu.

« La jeunesse de Kabare est exposée. Nous regrettons que ce soient aujourd’hui les jeunes adolescentes qui soient exposées ! Les parents doivent agir en éduquant les enfants en famille. Toutefois, nous en appelons aux ONG d’entamer des actions susceptibles de diminuer ou d’arrêter ces phénomènes », déclare Blaise Murhula, président du Conseil Territorial de la jeunesse de Kabare.

Tant que l’insécurité, la misère et le désespoir régneront sur Kabare, le corps de ces filles continuera d’être monnayé comme unique passeport vers la survie. Ce qui est intolérable. À tous ceux qui voient ces actes, il ne devrait plus se taire !

Il est plus que temps que les autorités et les partenaires se penchent sérieusement sur ce fléau car derrière chaque acte de survie se cache un appel silencieux à l’aide, un appel que Watoto News vous rappelle de ne plus ignorer.

Pascal Marhegane Ki-Moon, volontaire pour les enfants à Kabare

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