Dans ville de Beni, au Nord-Kivu , se passe une tragédie silencieuse qui se déroule sous nos yeux. Presque chaque jour, des jeunes filles, souvent âgées de moins de 18 ans, se retrouvent piégées dans un cycle anormal de grossesses précoces, compromettant surtout leur éducation et leur avenir.
Ce constat alarmant a été révélé par un reporter de Watotonews basé à Beni lors d’une ronde effectuée ce samedi 18 janvier 2025.
Un fléau inquiétant souvent oublié ?
Lors de notre ronde, nous avons rencontré Zawadi Kavugho Kambasu, une femme engagée dans l’encadrement des enfants.
Elle a partagé avec nous lors d’une interview, les réalités déchirantes auxquelles sont confrontées ces jeunes filles.
« Les grossesses précoces sont souvent le résultat d’un désir insatiable d’accéder à des biens matériels qui dépassent leurs moyens, » explique-t-elle.
« Elles veulent paraître chic, comme leurs amies, sans comprendre les dangers qui les guettent dit-elle ». »Les causes sont multiples : la mauvaise compagnie, le manque d’encadrement parental, et une éducation sexuelle souvent absente ou taboue » a-t-elle poursuivi.
Zawadi Kambasu souligne également que la défaillance des parents à répondre aux besoins émotionnels et matériels de leurs enfants joue un rôle dans cette tragédie.
« Quand les parents ne s’occupent pas de leurs enfants, ces dernières cherchent des réponses ailleurs, souvent dans des relations dangereuses, » ajoute-t-elle.
Les conséquences catastrophiques
Les conséquences des grossesses précoces sont catastrophiques. Zawadi évoque des histoires tragiques où des jeunes filles sont renvoyées de l’école, contraintes de quitter leur foyer, et plongées dans un sentiment de désespoir. « Certaines finissent par avorter, et cela peut même entraîner la mort, » dit-elle, d’une voix tremblante.
Face à cette situation alarmante, Zawadi Kambasu et d’autres parents abordés ce week-end s’efforcent de sensibiliser les jeunes et leurs familles. « Nous organisons des séances d’éducation à la vie dans les écoles pour toucher un maximum de jeunes, » explique-t-elle.
Les parents ont un rôle essentiel à jouer. « Il est important qu’ils parlent sans tabou de la vie sexuelle, des causes et des conséquences des grossesses précoces, » insiste Zawadi.
Elle appelle les familles à enseigner à leurs enfants l’importance de garder leur virginité et à limiter les mauvaises compagnies.
« Les parents doivent également veiller à satisfaire les besoins financiers et émotionnels de leurs enfants, » conclut-elle partiellement.
Appel à l’aide
« Cet appel à la responsabilité ne peut être ignoré. L’UNICEF, en tant qu’organisation dédiée à la protection des droits des enfants, a un rôle important à jouer dans cette lutte. Il est essentiel que l’UNICEF et d’autres organisations même intensifient leurs efforts pour soutenir les initiatives locales, fournir des ressources éducatives et sensibiliser les communautés à la réalité des grossesses précoces » estime-t-elle.
Les jeunes filles de Beni et celles d’ailleurs en RDC méritent un avenir radieux, loin de la peur et de l’incertitude lance-t-elle. Et d’ajouter : « Elles doivent avoir la possibilité de rêver, d’apprendre et de grandir sans être entravées par des grossesses précoces ».
Pour Zawadi Kambasu, la triste réalité des grossesses précoces à Beni est un reflet de l’absence de soutien et d’éducation. Chaque jour, des vies sont brisées, des rêves anéantis.
« Nous devons agir, non seulement par compassion, mais par obligation morale. Les jeunes filles de cette région ont besoin de notre aide, de notre voix et de notre engagement. Ensemble, faisons en sorte qu’aucune jeune fille ne soit contrainte de sacrifier son avenir sur l’autel des grossesses précoces » conclut-elle définitivement.
Pascal NDUYIRI, à Beni
